PHOTO: agence marocaine de presse via AFP
Par Christophe Ayad et Frédéric Bobin
Mohammed VI, l’islam et les islamistes
Le quotidien français Le Monde a publié, le 29 août 2025, le sixième et dernier épisode de sa série estivale « L’énigme Mohammed VI », signé par Christophe Ayad et Frédéric Bobin, sous le titre « Mohammed VI, l’islam et les islamistes ». Cet épisode s’intéresse au rôle religieux du monarque, commandeur des croyants, et à la manière dont il utilise cette fonction pour consolider sa légitimité et contenir l’influence des islamistes.
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Le Monde rappelle qu’en février 2025, le roi a demandé aux Marocains de ne pas sacrifier de moutons pour l’Aïd-el-Adha. « Notre pays affronte des défis climatiques et économiques qui ont eu pour conséquence une régression substantielle du cheptel », expliquait Mohammed VI dans un message lu à la télévision publique. Selon le souverain, « l’accomplissement du rituel dans ces conditions difficiles est susceptible de porter préjudice aux habitants, particulièrement ceux à revenu limité ».
Quelques mois plus tard, le 7 juin, jour de l’Aïd-el-Adha, Mohammed VI assiste à la prière puis procède lui-même, devant les caméras, au sacrifice de deux béliers – l’un pour sa famille, l’autre pour la communauté – suivant l’exemple du prophète. La majorité des Marocains respectent sa recommandation, évitant ainsi de débourser jusqu’à 7 000 dirhams (environ 700 euros), dans un pays où le salaire minimum est inférieur à 300 euros par mois.
Cet épisode, selon Le Monde, illustre la capacité du roi à transformer son statut religieux en un outil de gouvernement. Être ou ne pas être dans le giron du commandeur des croyants détermine l’influence politique et sociale au Maroc. Ce pouvoir spirituel permet au monarque de rejeter le projet politique des islamistes et de contenir leur vision de la société, en apparaissant comme le garant d’un islam national, à la fois conservateur et centralisé autour de sa personne.
L’article souligne que ce rôle sacré n’est pas qu’un héritage symbolique : il est une arme politique. Mohammed VI se positionne comme arbitre ultime de la foi, ce qui lui confère une légitimité que ses adversaires islamistes ne peuvent contester. C’est ainsi qu’il réussit à neutraliser toute alternative politique basée sur le religieux, en rappelant que seul le roi incarne l’unité spirituelle de la nation.
Cependant, Le Monde indique que cette stratégie révèle aussi les fragilités du régime. L’usage accru de la légitimité religieuse traduit une nervosité croissante : dans un pays confronté à la sécheresse, aux inégalités sociales et à la montée des contestations, la sacralité royale reste un pilier, mais aussi une source de dépendance. L’opacité et la personnalisation extrême du pouvoir nourrissent les interrogations sur la suite du règne et sur la succession.
En conclusion, ce sixième épisode montre que le religieux est indissociable du politique au Maroc. Le roi, en héritier d’une longue tradition dynastique, a transformé son rôle spirituel en un instrument de gouvernement et en un moyen de survie du makhzen. La série de Le Monde se termine en soulignant que le futur du royaume est marqué par ces équilibres précaires entre sacré, politique et autoritarisme.
Cet article d’analyse, publié par la PLATEFORME « N’OUBLIE PAS LE SAHARA OCCIDENTAL », s’appuie sur le sixième épisode de la série « L’énigme Mohammed VI » paru dans Le Monde le 29 août 2025.
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