Sahara occidental : l’Algérie ne change pas de position face aux nouvelles pressions diplomatiques

Derrière certaines lectures apparues ces derniers jours, Alger continue en réalité de défendre le même cadre politique et juridique sur le Sahara occidental : autodétermination, légalité internationale et décolonisation inachevée.

Depuis plusieurs jours, certaines analyses diplomatiques tentent de présenter les récentes déclarations du ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, comme le signe d’un assouplissement progressif de la position d’Alger sur le Sahara occidental. À écouter certaines interprétations, l’Algérie commencerait à accepter, au moins implicitement, l’idée que le conflit pourrait désormais se résoudre autour du plan marocain d’autonomie.

Pourtant, lorsqu’on relit attentivement les déclarations officielles prononcées devant les Nations unies, la réalité apparaît beaucoup moins spectaculaire.

Lors du séminaire régional du Comité spécial de décolonisation organisé à Managua, la délégation algérienne a réaffirmé exactement les mêmes principes qu’elle défend depuis des décennies : le Sahara occidental demeure un territoire non autonome en attente de décolonisation, le peuple sahraoui conserve son droit à l’autodétermination et aucune politique du fait accompli ne peut remplacer la légalité internationale reconnue par l’ONU.

Le représentant algérien auprès des Nations unies, Toufik Laïd Koudri, a même insisté sur un élément particulièrement significatif dans le contexte actuel : aucune initiative extérieure au cadre onusien ne saurait déterminer le statut final du territoire. Une manière indirecte, mais très claire, de rappeler que ni les reconnaissances diplomatiques occidentales obtenues par Rabat, ni les nouvelles alliances géopolitiques régionales ne modifient officiellement le statut juridique du Sahara occidental au regard du droit international.

C’est probablement là que se situe le cœur du malentendu actuel.

Oui, Alger soutient la reprise des discussions directes entre le Maroc et le Front Polisario sous médiation internationale. Oui, la diplomatie algérienne cherche à éviter un isolement régional dans un contexte où Rabat a consolidé d’importants soutiens occidentaux depuis la reconnaissance américaine de 2020, puis le repositionnement de Madrid et de Paris.

Mais soutenir des négociations ne signifie pas accepter à l’avance le résultat politique souhaité par le Maroc.

Depuis des années, l’Algérie défend précisément l’idée que les deux parties reconnues par les Nations unies — le Maroc et le Front Polisario — doivent reprendre un dialogue direct sous supervision internationale. Cette position n’a pas changé. Ce qui évolue, en revanche, c’est le contexte géopolitique autour du conflit sahraoui, désormais de plus en plus intégré aux équilibres stratégiques du Maghreb, aux Accords d’Abraham et aux nouvelles priorités occidentales en matière de sécurité régionale.

Et c’est précisément ce qui rend le moment actuel particulièrement sensible.

Car derrière les nouveaux discours diplomatiques et les rapports de force internationaux, les Nations unies continuent officiellement de considérer le Sahara occidental comme un territoire en attente de décolonisation. Le droit international n’a pas disparu. Il coexiste simplement avec une réalité géopolitique devenue beaucoup plus défavorable au peuple sahraoui.

Autrement dit : les équilibres diplomatiques changent, mais le cadre juridique officiel, lui, reste exactement le même.

Par Victoria G. Corera