Bilan 2025 | Sahara occidental : l’Europe et la politique du regard détourné (8)

Bilan 2025 | Sahara occidental : l’Europe et la politique du regard détourné (8)

L’année 2025 a confirmé que la question du Sahara occidental n’est pas un problème juridique non résolu, mais un problème politique que de nombreux acteurs européens préfèrent éviter. Le cadre légal demeure clair et stable, mais la volonté politique de l’appliquer a, une fois de plus, fait défaut. L’Union européenne a traversé l’année prisonnière de ses propres contradictions, partagée entre un discours fondé sur le droit et une pratique guidée par le calcul, la prudence et la délégation implicite de responsabilités au Maroc.

La Commission européenne a joué un rôle central dans cette dérive. Plutôt que d’assumer les implications politiques des arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne, elle a opté pour une stratégie d’évitement : préserver les accords avec le Maroc à tout prix et reléguer la question sahraouie au rang de dossier technique. La tentative de traiter un processus de décolonisation par des ajustements administratifs — comme le controversé étiquetage des produits issus du Sahara occidental — ne relève pas d’une simple erreur, mais d’un choix politique assumé : éviter toute confrontation avec Rabat, quitte à vider le droit européen de sa substance.

Le Parlement européen a, pour sa part, reflété ces mêmes contradictions. Les divisions internes, particulièrement visibles parmi les eurodéputés espagnols, ne traduisent pas tant des désaccords juridiques que des divergences sur le coût politique d’un affrontement avec le Maroc. En 2025, le Sahara occidental est resté un sujet embarrassant, géré à la marge, avec des décisions bloquées à une voix près et l’espoir implicite que l’usure du temps finira par imposer le silence.

Cette dynamique révèle une logique plus profonde. Pour une partie de l’Union européenne, le Maroc est devenu un partenaire trop utile pour être remis en question : contrôle des flux migratoires, coopération sécuritaire, stabilité régionale, intérêts économiques. Dans ce contexte, le Sahara occidental apparaît comme un dommage collatéral acceptable. Le droit du peuple sahraoui n’est pas nié frontalement, mais dilué dans les procédures, repoussé dans des débats sans fin et neutralisé par un langage fait « d’équilibres » et de « réalisme ».

Pourtant, l’année 2025 a aussi mis en lumière les limites de cette politique d’évitement. Chaque tentative de normalisation de l’occupation a suscité davantage de contestation, davantage de tensions et davantage de preuves que le conflit ne peut être enfermé dans un simple cadre administratif. Les critiques émanant de secteurs économiques européens, les mobilisations solidaires et la persistance du Front Polisario comme acteur politique ont rappelé que le Sahara occidental n’est ni un dossier clos ni un problème sans conséquences.

Le bilan politique de l’année est donc inconfortable pour l’Europe. En renonçant à une position cohérente, l’Union européenne n’a pas gagné en stabilité, mais en dépendance. Elle n’a pas renforcé sa crédibilité, mais installé un silence contraint. Et elle n’a pas contribué à une solution, mais prolongé un conflit dont la racine demeure inchangée depuis des décennies : le refus d’assumer que le Sahara occidental est une question de décolonisation et qu’aucun partenariat stratégique ne peut justifier l’abandon de ce principe.

Victoria G. Corera

Plateforme «NO TE OLVIDES DEL SAHARA OCCIDENTAL»


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