Depuis plusieurs jours, la presse officielle du Makhzen martèle un récit aussi ancien qu’efficace. D’un côté, le conflit du Sahara occidental serait une simple rivalité entre le Maroc et l’Algérie. De l’autre, l’Algérie et le Front Polisario auraient cédé aux pressions de Washington, ouvrant la voie à une prétendue capitulation sahraouie.
Ce récit n’informe pas : il cherche à s’imposer.
Transformer une question de décolonisation en un différend régional est une manœuvre politique connue. En réduisant le Sahara occidental à un face-à-face Maroc–Algérie, on efface le sujet central du conflit : le peuple sahraoui. Et avec lui, son droit fondamental à l’autodétermination. L’occupation devient alors une « tension entre voisins », le fait accompli se normalise, et les responsabilités se diluent.
Or, le droit international ne se réécrit pas à coups de manchettes. Le Sahara occidental demeure inscrit aux Nations unies comme un territoire non autonome en attente de décolonisation. Le sujet du droit n’est pas l’Algérie, mais le peuple sahraoui. Et son représentant reconnu dans le processus politique reste le Front Polisario. Aucun changement de cadrage médiatique n’altère cette réalité juridique.
La seconde ligne de la campagne est plus insidieuse : assimiler tout contact diplomatique à une reddition. Des réunions deviennent des preuves de renoncement ; des initiatives de Washington, des signes d’alignement forcé. On cherche à installer l’idée d’une issue inévitable : l’« autonomie » marocaine comme seul horizon possible, accepté tôt ou tard par tous.
Cette construction vise autant l’opinion publique marocaine que les partenaires internationaux. À l’intérieur, elle nourrit l’illusion d’un dossier réglé. À l’extérieur, elle suggère que la résistance sahraouie s’épuise et que la stabilité régionale passe par l’acceptation du cadre imposé par Rabat.
Mais la diplomatie n’est pas la capitulation. Participer à des discussions, même sous pression, ne signifie pas accepter une solution prédéterminée. Dans les processus de décolonisation, les contacts sont des outils ; ils ne constituent pas des conclusions. Confondre négociation et soumission relève de la manipulation politique.
L’enjeu central de cette offensive est le déplacement du terrain. Il s’agit de faire glisser un processus de décolonisation encadré par l’ONU vers un dossier stratégique géré par les grandes puissances. Si le Sahara occidental cesse d’être perçu comme une question juridique pour devenir un simple élément d’équilibre régional, le récit marocain gagne en légitimité.
Pourtant, ni le Conseil de sécurité ni les Nations unies n’ont reconnu la souveraineté marocaine sur le territoire. Le cadre juridique demeure intact. Ce qui change, c’est l’intensité de l’effort pour l’éroder dans l’opinion.
Il faut donc le dire clairement : cette campagne ne vise pas à éclairer, mais à imposer un cadre. Présenter l’Algérie comme l’obstacle, le Polisario comme un acteur sur le point de céder, et l’issue comme déjà scellée relève de la guerre narrative.
Rien n’est joué.
La décolonisation du Sahara occidental ne se décide ni dans les rédactions alignées ni dans des fuites intéressées. Elle dépend du respect du droit international et de la volonté librement exprimée du peuple sahraoui.
Le reste n’est que propagande.
Carlos C. García – Plateforme de soutien au peuple sahraoui
Descubre más desde No te olvides del Sahara Occidental
Suscríbete y recibe las últimas entradas en tu correo electrónico.
