Football, propagande et pouvoir : le Maroc et l’utilisation politique du sport comme vitrine internationale

Football, propagande et pouvoir : le Maroc et l’utilisation politique du sport comme vitrine internationale

Ces dernières semaines, de nombreux commentaires dans la presse internationale ont décrit le climat de tension politique et diplomatique qui a entouré la Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc. Cyberattaques, arrestations de supporters, contestations arbitrales et plaintes formelles auprès des instances du football africain ont accompagné un tournoi que les autorités marocaines présentent comme un symbole de modernité, de stabilité et de leadership régional. Au-delà du football, une question de fond s’impose : l’usage du sport comme outil politique et comme instrument de projection internationale.

La CAN constitue le plus grand événement sportif organisé par le Maroc depuis des décennies et s’inscrit dans une stratégie assumée de soft power. Rabat investit des milliards d’euros dans les infrastructures, les complexes sportifs et les grandes compétitions internationales avec un objectif clair : façonner l’image d’un pays fiable, dynamique et central en Afrique comme dans l’espace méditerranéen. C’est dans cette logique que s’inscrit également la Coupe du monde de football 2030, que le Maroc coorganisera avec l’Espagne et le Portugal, et qui représente un saut qualitatif majeur dans cette stratégie de visibilité globale.

Cependant, les épisodes survenus durant la CAN mettent en lumière les failles de ce récit officiel. L’arrestation à Rabat d’un jeune supporter algérien, suivie de la diffusion de données personnelles de citoyens marocains — y compris des passeports de joueurs et des informations concernant des magistrats — révèle à quel point le contrôle de l’image et la sécurité de l’événement sont devenus des affaires d’État. À cela s’ajoutent les protestations liées à certaines décisions arbitrales, les plaintes déposées auprès de la Confédération africaine de football et de la FIFA, ainsi que le refus de certaines sélections de s’entraîner dans des installations jugées favorables à l’équipe hôte.

Le conflit entre le Maroc et l’Algérie apparaît en toile de fond permanente. Il convient toutefois de souligner que cette tension bilatérale fonctionne aussi comme un écran de fumée. En focalisant l’attention sur une rivalité régionale, d’autres réalités bien plus dérangeantes passent au second plan : les profondes inégalités sociales au sein du Maroc, la répression de la dissidence, l’absence de libertés fondamentales, ainsi que l’occupation du Sahara occidental, systématiquement exclu de ces grandes mises en scène internationales.

Le contraste économique est tout aussi révélateur. Dans un pays marqué par la pauvreté structurelle et de fortes inégalités, l’investissement estimé entre 13 et 14 milliards d’euros pour la CAN et la Coupe du monde 2030 soulève des interrogations légitimes sur les priorités politiques. Le sport devient ainsi un instrument de légitimation externe, destiné à compenser, par l’image et le spectacle, des déficits démocratiques et des conflits non résolus.

La CAN a été présentée par les autorités marocaines comme un succès organisationnel et une démonstration de capacité. Mais les incidents parallèles au tournoi révèlent une autre réalité : celle d’un régime contraint de contrôler étroitement le récit, de gérer la contestation et d’utiliser le sport comme outil de propagande. En ce sens, la Coupe d’Afrique des Nations n’est pas seulement un tournoi de football, mais une répétition générale d’une stratégie qui trouvera son expression maximale en 2030 — une stratégie qui projette une image de modernité vers l’extérieur tout en laissant sans réponse les questions politiques et juridiques fondamentales que le Maroc préfère maintenir hors champ.

Carlos C. García
Plateforme NO TE OLVIDES DEL SÁHARA OCCIDENTAL


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