Le Maroc avance, l’Europe se tait : l’écosystème politico-médiatique qui oublie le peuple sahraoui

Le Maroc avance, l’Europe se tait : l’écosystème politico-médiatique qui oublie le peuple sahraoui

Ces derniers mois, Rabat a intensifié une offensive diplomatique combinant visites officielles, accords bilatéraux et déclarations soigneusement négociées pour imposer sa lecture du conflit au Sahara Occidental. Ce qui inquiète, ce n’est pas seulement l’ampleur de cette stratégie, mais aussi la facilité avec laquelle plusieurs capitales européennes — ainsi que certains acteurs politiques et médiatiques — ont intégré ce cadre sans le confronter au droit international. Le résultat est un paysage où le Maroc avance, et où l’Europe se tait.

La visite du ministre Nasser Bourita aux Pays-Bas, la réunion de haut niveau entre l’Espagne et le Maroc et la succession de communiqués diffusés depuis l’automne dessinent une stratégie parfaitement assumée : transformer la proposition marocaine d’autonomie en un prétendu consensus international. Les textes répètent une structure bien rodée — coopération stratégique, stabilité régionale, lutte contre la migration irrégulière — tout en reléguant au second plan l’élément décisif : l’adhésion implicite au cadre marocain. La manœuvre fonctionne. En présentant le Sahara Occidental comme un « dossier bilatéral », Rabat parvient à normaliser l’occupation dans des documents diplomatiques qui, une fois publiés, s’érigent en faits accomplis.

L’Europe, quant à elle, occupe une position de plus en plus marginale. L’Espagne a renoncé à toute prudence juridique, s’alignant sur Rabat sans débat démocratique sur les conséquences d’un tel virage. D’autres pays, comme les Pays-Bas, adoptent un langage volontairement ambigu évitant de mentionner l’autodétermination et mettant en avant la « vision marocaine » comme point de départ, alors même que la Cour de justice de l’Union européenne a rappelé à plusieurs reprises que le Sahara Occidental ne fait pas partie du Maroc et qu’aucune décision ne peut être prise sans le consentement du peuple sahraoui. Cette incohérence — endosser des discours incompatibles avec la légalité européenne — révèle la vulnérabilité politique de l’UE, prise entre dépendances énergétiques, pressions migratoires et priorités géostratégiques.

Dans ce contexte favorable au Maroc, le silence européen n’est pas neutre : il consolide une politique du fait accompli. Les investissements à Dakhla et El Aaiún, les vols touristiques et l’ouverture de délégations commerciales dans les territoires occupés créent une apparence de normalité qui brouille la nature réelle du conflit. Pendant que Rabat élargit son réseau d’alliés grâce à une diplomatie économique agressive — énergie, infrastructures, pêche, éducation, sécurité — l’Union européenne évite toute prise de position susceptible de contrarier un partenaire qu’elle juge essentiel pour le contrôle des frontières et sa projection en Afrique de l’Ouest.

À cette offensive marocaine s’ajoute un facteur déterminant : la collaboration nécessaire de certains acteurs politiques et médiatiques, particulièrement en Espagne. Le rôle du PSOE est central : il a adopté la thèse marocaine comme cadre de référence et s’est systématiquement abstenu d’expliquer à la société la réalité juridique pourtant inscrite dans les documents onusiens, selon laquelle l’Espagne reste la puissance administrante du territoire. Ce renoncement politique se reflète ensuite dans de nombreux médias généralistes, où la couverture du conflit apparaît fragmentée, décontextualisée ou directement alignée sur l’agenda de Rabat. Les dépendances énergétiques, les accords migratoires et la pression diplomatique marocaine favorisent un climat où nombre de rédactions préfèrent se taire ou édulcorer, alimentant un véritable écosystème politico-médiatique qui, par action ou omission, oublie le peuple sahraoui et normalise l’occupation.

Face à ce paysage, le mouvement sahraoui mène une diplomatie bien plus active qu’on ne le perçoit en Europe, malgré le silence médiatique qui l’entoure. Le Front Polisario continue de tisser des alliances en Afrique, en Amérique latine et en Asie, soutenu par des États qui refusent la politique du fait accompli de Rabat. Au sein de l’Union africaine, la République sahraouie participe pleinement comme membre fondateur et a réussi à contrer plusieurs tentatives marocaines visant à affaiblir sa position institutionnelle. La cause sahraouie consolide également sa présence dans les forums parlementaires, les réseaux de juristes, les universités, les organisations de défense des droits humains et les espaces de réflexion sur les processus de décolonisation. Loin de l’image simpliste relayée par certains gouvernements européens, la diplomatie sahraouie ne se contente pas de résister : elle se déploie, se professionnalise et occupe des espaces, portée par une jeune génération d’activistes et de diplomates déterminés à défendre leurs droits dans les arènes internationales.

Cette activité constante démontre que, au-delà de l’offensive marocaine et du silence européen, la question du Sahara Occidental demeure vivante là où elle a toujours été : dans le droit international et dans l’action politique du peuple sahraoui lui-même, qui continue de revendiquer — avec légitimité et persévérance — la place dont on tente de le priver.

Carlos C. García – Plateforme « N’oubliez pas le Sahara Occidental »


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