(À partir de l’article de L’Expression : « L’art entre résilience et résistance », 7 décembre 2025)
La programmation du Festival international du film d’Alger rappelle cette évidence que l’on oublie parfois : la lutte d’un peuple ne se lit pas seulement dans les résolutions des Nations unies ou dans les communiqués diplomatiques, mais aussi dans sa musique, dans ses voix et dans la force intime d’une mémoire qui refuse de s’éteindre. La projection du documentaire Mariem Hassan : Pour un Sahara libre, réalisé par Anna Klara Åhrén, Alex Veitch, Brahim B. Ali et Mohamedsalem Werad, en est une démonstration éclatante. Le public d’Alger a pu redécouvrir la trajectoire de cette immense chanteuse sahraouie, dont la voix continue de porter la vérité de tout un peuple face à l’occupation et à l’exil.
Mariem Hassan, née en 1958 à Smara et disparue en 2015, demeure l’une des grandes figures artistiques du Maghreb. Sa voix puissante, capable de relier la tradition hassanie aux influences du blues et du rock, est devenue un symbole international de résistance. Mais le film rappelle que son génie musical ne peut être dissocié du drame collectif sahraoui. Chaque chanson porte les traces de sa propre histoire, marquée par la guerre, la perte de proches, la fuite et la volonté tenace de rester debout. Les réalisateurs puisent dans des archives rares pour montrer comment son art se confond avec le destin d’un peuple jeté sur les routes de l’exil, entre les territoires occupés et les camps de Tindouf.
Ce qui frappe dans ce documentaire est la façon dont la vie de Mariem Hassan incarne, presque sans le vouloir, l’histoire entière du Sahara Occidental. Sa musique dit la dépossession mais aussi l’identité préservée, le poids du deuil mais aussi la joie de retrouver la dignité sur scène. Elle chante ses frères tombés martyrs, et sa voix, lumineuse malgré tout, transforme la douleur en un langage universel. Cette dimension spirituelle et politique se déploie tout au long du film, où l’on comprend que pour elle la musique n’était pas une carrière, mais un devoir. Le devoir de dire ce que beaucoup tentaient de cacher : la persistance d’un peuple colonisé, prêt à lutter pour son autodétermination.
Dans un contexte où le récit marroquin cherche à banaliser l’occupation, où certaines puissances applaudissent un cadre politique qui nie la souveraineté sahraouie, le documentaire remet les choses en place avec une clarté que les discours diplomatiques n’osent plus. La voix de Mariem Hassan ne demande pas, elle affirme. Elle rappelle que la culture est aussi une forme de souveraineté et qu’un peuple qui préserve sa musique garde intacte sa capacité à résister. Le film montre que, sans cette force intérieure, beaucoup de Sahraouis auraient sombré dans le découragement. Pour Mariem, la musique fut une échappatoire, mais surtout une arme. Un territoire libre quand tout le reste était confisqué.
Dix ans après sa mort, son héritage ne faiblit pas. Dans les camps, dans la diaspora, dans les scènes du monde, Mariem Hassan reste la voix la plus claire d’un peuple que l’on a voulu rendre invisible. Le documentaire présenté à Alger rappelle que la lutte sahraouie n’est pas seulement une question géopolitique ou diplomatique, mais une histoire humaine dont Mariem est l’un des visages les plus lumineux. Sa voix continue de dire ce que tant d’États hésitent à reconnaître : le Sahara Occidental n’est pas une propriété à redistribuer, mais une terre où un peuple réclame simplement le droit de vivre libre.

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