Le 17 juillet 2026, L’Odyssée, le nouveau film de Christopher Nolan, doit sortir dans les salles du monde entier. À quelques jours de cette première mondiale, le Festival international du film du Sahara, FiSahara, relance son appel au boycott après le tournage de scènes à Dakhla, ville du Sahara Occidental occupé par le Maroc.
Ce qui avait été dénoncé il y a un an comme un choix de tournage devient aujourd’hui une question publique au moment de la sortie du film : peut-on transformer un territoire colonisé en décor de cinéma sans contribuer à normaliser l’occupation ?
Le débat autour de L’Odyssée ne concerne donc pas seulement le cinéma. Il concerne aussi le droit international, la mémoire coloniale et la manière dont une grande production culturelle peut participer, volontairement ou non, à l’effacement d’un peuple.
Dakhla n’est pas seulement un paysage spectaculaire. Ce n’est pas une simple destination touristique ni un décor disponible pour une superproduction internationale. Dakhla est une ville sahraouie située dans un territoire que les Nations unies considèrent toujours comme un territoire non autonome en attente de décolonisation.
C’est précisément là que se situe le cœur du problème. Le Sahara Occidental n’est pas une région marocaine comme une autre. Il s’agit de l’ancienne colonie espagnole que l’Espagne a abandonnée en 1975 sans mener à terme le processus de décolonisation. Depuis lors, le peuple sahraoui attend toujours l’exercice effectif de son droit à l’autodétermination.
Présenter Dakhla comme un décor marocain normalisé revient à effacer cette réalité. Et lorsqu’un film mondialement attendu, signé par l’un des réalisateurs les plus influents du cinéma contemporain, utilise ces images sans répondre aux avertissements sahraouis, le silence devient lui aussi un message.
FiSahara n’est pas un festival quelconque. Il se tient dans les camps de réfugiés sahraouis, en Algérie, et fait du cinéma un outil de mémoire, de résistance culturelle et de défense des droits humains. Depuis des années, il rappelle que les Sahraouis ont le droit de raconter leur propre histoire, y compris celle de l’exil, de l’occupation, de la répression et de la séparation imposée par le mur militaire marocain.
Le cas de Christopher Nolan est particulièrement symbolique. L’Odyssée adapte un grand récit de voyage, d’exil, de retour et de mémoire. Or une partie de ce récit a été filmée dans un territoire dont le peuple attend toujours de pouvoir revenir librement, décider de son avenir et exercer ses droits. Cette contradiction n’est pas mineure : elle donne à la polémique une dimension presque évidente.
Le problème n’est pas de demander à un cinéaste de devenir expert en droit international. Le problème est qu’une production de cette taille, avec des moyens considérables et une visibilité mondiale, ne peut pas prétendre ignorer le contexte politique d’un lieu de tournage.
Filmer dans un territoire occupé sans tenir compte de la population sahraouie, de ses représentants, de ses défenseurs des droits humains et de sa situation coloniale, ce n’est pas un choix neutre.
Javier Bardem, engagé depuis longtemps aux côtés du peuple sahraoui, a lui aussi appelé Christopher Nolan à s’informer sur l’histoire du Sahara Occidental, sur la répression exercée contre les militants sahraouis et sur la réalité d’un territoire soumis depuis un demi-siècle à une occupation que le Maroc cherche à présenter comme normale.
Le Maroc investit depuis des années dans une stratégie de normalisation de l’occupation : tourisme, sport, infrastructures, forums internationaux, événements culturels et images de modernité. Dakhla occupe une place centrale dans cette opération de communication. Chaque événement international organisé ou filmé dans cette ville contribue à fabriquer une apparence de normalité.
C’est exactement ce que dénonce FiSahara. Le boycott demandé n’est pas une attaque contre le cinéma. C’est une alerte contre l’utilisation du cinéma comme instrument involontaire de blanchiment politique.
À l’approche du 17 juillet 2026, la question posée au public francophone est simple : regarderons-nous L’Odyssée comme un simple spectacle, ou regarderons-nous aussi ce que ses images peuvent cacher ?
Le Sahara Occidental n’a pas besoin d’être transformé en décor exotique. Il a besoin que son peuple soit entendu.