Sahara occidental : le Front Polisario et le Maroc acceptent une feuille de route, mais le cœur du conflit reste intact – Carlos C. García

Sahara occidental : le Front Polisario et le Maroc acceptent une feuille de route, mais le cœur du conflit reste intact – Carlos C. García


Les discussions tenues à Madrid sous le parrainage des États-Unis ont replacé le conflit du Sahara occidental au centre de la scène diplomatique internationale. Après des années de blocage politique et d’absence de négociations directes, le Maroc et le Front Polisario ont accepté une feuille de route procédurale prévoyant une nouvelle réunion à Washington au mois de mai, avec l’objectif déclaré de tenter de parvenir à un accord-cadre politique.

La rencontre, coordonnée par Washington avec la présence de l’Algérie et de la Mauritanie et sous la supervision des Nations Unies par l’intermédiaire de son Envoyé personnel, s’est déroulée dans une stricte confidentialité. Au-delà de ce climat de réserve, l’essentiel est qu’un canal formel de dialogue direct a été réactivé — ce qui ne s’était plus produit depuis 2019. Ce seul fait constitue un tournant.

Une feuille de route, pas une solution

Il convient de le souligner avec précision : ce qui a été accepté à Madrid n’est pas une solution, ni même un début de solution. Il s’agit d’un cadre procédural. Une feuille de route fixant un calendrier, une méthode et une structure en vue d’une éventuelle négociation.

Le cœur technique des discussions porte sur la possible création d’un comité ou d’une commission d’experts — juristes et spécialistes politiques — chargé d’examiner les aspects pratiques d’un éventuel accord-cadre. Et c’est là qu’apparaît le premier désaccord majeur : le Maroc souhaite que l’analyse se concentre exclusivement sur sa proposition d’autonomie, tandis que le Front Polisario défend l’idée que tout organe technique doit examiner l’ensemble des options de règlement prévues par le droit international, y compris l’autodétermination dans son acception complète.

Ce désaccord n’est pas secondaire. Il constitue l’essence même du différend.

Autonomie contre autodétermination : le cœur juridique

Le Maroc a présenté ces derniers mois une version élargie de sa proposition d’autonomie, avec un développement institutionnel, fiscal et administratif plus détaillé que le document de 2007. Rabat la considère comme la seule base « réaliste » de négociation.

Cependant, le Sahara occidental demeure inscrit sur la liste des territoires non autonomes des Nations Unies, en attente de décolonisation. Et la résolution 2797 du Conseil de sécurité — adoptée en octobre — bien qu’elle mentionne l’autonomie comme une voie « crédible », ne supprime pas le principe d’autodétermination et ne modifie pas le statut juridique international du territoire.

Le Front Polisario maintient que l’autodétermination ne peut être réduite à une formule préétablie. Selon lui, tout accord politique doit garantir que le peuple sahraoui puisse choisir librement entre les options reconnues par le droit international.

Madrid n’a pas résolu cette confrontation de positions. Elle l’a inscrite dans un calendrier.

Pressions, équilibres et limites

L’atmosphère diplomatique a été décrite comme plus complexe que prévu pour le Maroc. Washington a assumé un rôle de coordination directe, avec un intérêt manifeste à montrer des avancées avant le prochain cycle du Conseil de sécurité. L’Algérie a maintenu sa position traditionnelle de soutien au droit à l’autodétermination, tandis que la Mauritanie continue de jouer son rôle régional dans le processus.

Du côté sahraoui, il est souligné qu’aucune limitation du cadre juridique à la seule autonomie n’a été acceptée. Du côté marocain, on insiste sur la consolidation de cette proposition comme unique issue possible. Ces deux positions montrent que la marge de manœuvre reste étroite et que l’équilibre diplomatique apparaît aujourd’hui plus fragile que stable.

À ce contexte s’ajoute la confirmation officielle des Nations Unies. Lors de son point de presse du 9 février, le porte-parole du Secrétaire général a confirmé que des délégations de haut niveau de l’ONU — y compris l’Envoyé personnel Staffan de Mistura — ainsi que les États-Unis, ont facilité à Madrid des discussions avec le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie dans le cadre de l’application de la résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité. L’organisation a évité de fournir des détails sur les résultats, le format ou le climat des réunions. « Les discussions se poursuivent », s’est limité à déclarer le porte-parole. La prudence du langage n’est pas anodine : elle confirme que le processus demeure sous l’égide des Nations Unies, mais aussi qu’aucune avancée formelle n’a, à ce stade, modifié le cadre juridique en vigueur ni le statut international du territoire.

La MINURSO et le facteur temps

Parallèlement, l’avenir de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) reste en suspens. La résolution 2797 ouvre la voie à des révisions périodiques de son mandat dans un contexte de contraintes budgétaires au sein de l’ONU et de pressions visant à redéfinir ses fonctions.

Depuis 1991, à la suite du cessez-le-feu, la mission a vu sa capacité politique effective se réduire progressivement. Un éventuel affaiblissement aurait des conséquences directes sur l’équilibre sur le terrain.

Ce qui est réellement en jeu

Ce qui s’est produit à Madrid ne constitue pas le début de la fin du conflit. C’est, au mieux, la reconnaissance qu’aucune des parties n’a réussi à imposer un cadre unilatéral.

Le Sahara occidental demeure, juridiquement, un territoire en attente de décolonisation. Aucune feuille de route ne modifie ce fait. Aucun calendrier ne remplace le droit. Et aucun accord technique ne pourra se consolider s’il n’aborde pas frontalement la question centrale : qui décide de l’avenir du territoire, et dans quelles conditions ?

Si la prochaine réunion à Washington entend dépasser la simple procédure, elle devra répondre à cette question sans ambiguïté. Car après un demi-siècle de conflit, ce qui est en jeu n’est pas une formule administrative, mais l’application effective du principe d’autodétermination.

Et ce principe — reconnu par les Nations Unies — ne peut être dilué dans un texte technique ni subordonné à une option unique préalablement définie.

Carlos C. García – PLATEFORME « NO TE OLVIDES DEL SAHARA OCCIDENTAL »


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