Alors que les articles se multiplient à l’occasion du 50e anniversaire de la proclamation de la République sahraouie, un fait essentiel reste largement absent des grands médias : le Sahara Occidental est officiellement en guerre depuis novembre 2020. Le cessez-le-feu signé en 1991 sous les auspices des Nations unies a été rompu après l’intervention militaire marocaine dans la zone de Guerguerat. Depuis lors, le Front Polisario a déclaré la fin de l’accord et les hostilités ont repris le long du mur militaire qui divise le territoire, une ligne fortifiée de plus de 2 700 kilomètres séparant les zones occupées par le Maroc des territoires contrôlés par la République arabe sahraouie démocratique.
Il ne s’agit pas d’une guerre conventionnelle, avec images quotidiennes, conférences de presse militaires ou envoyés spéciaux en direct du front. Il s’agit d’une guerre de basse intensité, intermittente, localisée principalement à l’est du mur, mais constante. Tirs d’artillerie, bombardements ciblés, usage de drones, communiqués quasi quotidiens de l’Armée de libération populaire sahraouie et déploiement permanent de l’armée marocaine dans l’un des dispositifs défensifs les plus étendus au monde. Pourtant, en dehors des communiqués officiels des deux parties, le conflit occupe à peine une place dans l’agenda international.
Ce silence n’est pas fortuit. L’accès indépendant au territoire est pratiquement bloqué. Les journalistes étrangers rencontrent d’importantes difficultés — quand ils ne font pas l’objet d’interdictions directes — pour entrer à El-Aaiún ou dans d’autres villes des territoires occupés. Les militants sahraouis sont surveillés, expulsés ou arrêtés lorsqu’ils tentent de documenter des manifestations ou des abus. Les organisations internationales de défense des droits humains dénoncent depuis des années des restrictions systématiques à la liberté d’information. Le résultat est un vide médiatique qui transforme la guerre en bruit de fond lointain, sans images, sans témoignages directs et, par conséquent, sans pression publique.
À cette invisibilité contribue également la narration dominante qui présente le conflit comme « gelé » ou réduit à une simple dispute diplomatique. Tandis que l’on évoque des rounds à Washington, des résolutions du Conseil de sécurité ou des plans d’autonomie, la dimension militaire est diluée. Or la réalité est que, plus de cinq ans après la rupture du cessez-le-feu, l’équilibre stratégique du Maghreb et du Sahel s’en trouve durablement affecté. Maintenir une guerre d’usure pendant plus de cinq ans n’est pas un détail : c’est un facteur d’instabilité régionale qui interagit avec les tensions au Mali, au Niger ou en Libye, ainsi qu’avec les enjeux énergétiques et miniers qui traversent l’Afrique du Nord.
Comme l’a rappelé le président de la République sahraouie, Brahim Ghali, dans son discours à l’occasion du 50e anniversaire, le peuple sahraoui ne renoncera pas à son droit inaliénable à l’autodétermination et n’acceptera aucune solution qui consolide l’occupation. Dans ce contexte, la reprise des hostilités depuis 2020 n’est pas un épisode isolé, mais la conséquence directe d’une décolonisation bloquée depuis des décennies.
En Espagne, le silence est encore plus frappant. Le pays qui figure juridiquement devant les Nations unies comme puissance administrante de iure débat à peine du fait que, dans ce qui fut sa 53e province, un conflit armé actif se déroule depuis plus de cinq ans. La guerre existe, même si elle n’apparaît pas dans les journaux télévisés. Et tant qu’on n’en parlera pas, il sera plus facile de la normaliser, de la gérer ou de la sacrifier au nom d’équilibres diplomatiques ou d’accords économiques.
Ignorer une guerre ne la fait pas disparaître. Cela la rend seulement plus confortable pour ceux qui préfèrent clore le conflit sans le résoudre. Mais les faits sont tenaces : le cessez-le-feu est rompu, les hostilités se poursuivent et le peuple sahraoui continue de payer le prix d’une décolonisation que la communauté internationale a choisi d’ajourner indéfiniment. Le Sahara Occidental n’est ni un simple dossier diplomatique ni une commémoration annuelle. C’est un conflit ouvert où se joue plus qu’un territoire : la crédibilité même du droit international.
Victoria G. Corera
Plateforme NO TE OLVIDES DEL SAHARA OCCIDENTAL
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