Décolonisation inachevée et recomposition géopolitique : un dossier central pour le Maghreb et le Sahel
Les nouvelles initiatives diplomatiques relancées par les États-Unis replacent le Sahara occidental au cœur des équilibres régionaux. Après des décennies de blocage, un cessez-le-feu rompu en 2020 et une paralysie persistante du processus onusien, une question s’impose : assiste-t-on à une tentative réelle de règlement ou à une nouvelle phase de gestion stratégique du statu quo ?
Cinquante ans après la proclamation de la République sahraouie, le fond du problème demeure inchangé. Le Sahara occidental reste inscrit sur la liste des territoires non autonomes de l’Organisation des Nations unies. Aucune reconnaissance internationale n’a validé la souveraineté marocaine sur ce territoire. La mission MINURSO, chargée d’organiser un référendum d’autodétermination en 1991, n’a toujours pas accompli son mandat.
Ce qui a changé, en revanche, c’est l’environnement stratégique. Le Sahara occidental n’est plus seulement une question de décolonisation. Il est devenu un point nodal dans la recomposition du Maghreb et dans l’extension des dynamiques sahéliennes vers le nord.
Le cadre juridique : un principe toujours valide
Du point de vue du droit international, la nature du dossier reste claire : il s’agit d’un processus de décolonisation inachevé. L’Organisation des Nations unies continue de considérer le territoire comme non autonome. Le principe d’autodétermination du peuple sahraoui demeure juridiquement applicable.
Les décisions récentes de la Cour de justice de l’Union européenne ont confirmé que le Sahara occidental est distinct du Maroc, et que toute exploitation de ses ressources suppose le consentement du peuple sahraoui, représenté par le Front Polisario.
Pour de nombreux observateurs maghrébins, cette continuité juridique rappelle que le conflit ne peut être réduit à une simple rivalité régionale. Il s’inscrit dans la tradition africaine de soutien aux processus d’autodétermination issus des luttes de libération.
Algérie et Maroc : une rivalité stratégique ancienne
La rivalité entre l’Algérie et le Maroc constitue l’un des paramètres structurants du dossier. Elle dépasse largement la seule question sahraouie. Elle renvoie à des visions différentes de l’équilibre régional, du leadership maghrébin et de l’insertion africaine.
Pour l’Algérie, le soutien au droit à l’autodétermination s’inscrit dans une continuité historique issue de sa propre guerre de libération et dans une doctrine diplomatique attachée aux principes de souveraineté des peuples. Mais la question sahraouie touche également à sa profondeur stratégique et à l’équilibre sécuritaire de sa frontière occidentale.
Pour le Maroc, l’intégration définitive du territoire renforcerait son statut de puissance atlantique et consoliderait ses alliances occidentales et africaines.
Cette rivalité structurelle rend toute solution dépendante d’un équilibre régional plus large.
Le Sahel : l’extension des dynamiques d’instabilité
L’évolution du Sahel modifie profondément l’analyse. Le recul de l’influence française, la recomposition des alliances sécuritaires et l’entrée de nouveaux acteurs internationaux ont bouleversé les équilibres établis depuis deux décennies.
Le Sahel connaît une transformation rapide, marquée par des transitions politiques, des redéploiements militaires et des tensions persistantes. Dans ce contexte, le Sahara occidental occupe une position charnière entre l’espace maghrébin et l’Afrique de l’Ouest.
Il représente un point d’accès atlantique, un potentiel corridor énergétique et une zone sensible dans les équilibres sécuritaires régionaux. Les projets énergétiques développés sur la façade atlantique marocaine, tout comme la projection énergétique algérienne vers l’Europe, s’inscrivent dans une compétition plus vaste pour le contrôle des flux énergétiques et logistiques.
Le dossier sahraoui devient ainsi un élément de la recomposition stratégique du Maghreb élargi au Sahel. Il n’est plus uniquement un héritage colonial : il est aussi un facteur de stabilité ou d’instabilité régionale.
Les États-Unis et la stabilisation pragmatique
Le rôle des États-Unis demeure central. La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine en 2020 a profondément modifié l’équilibre diplomatique.
Les nouvelles discussions peuvent viser à relancer un processus politique. Mais la question demeure : s’agit-il de réactiver un cadre conforme au droit international ou de stabiliser un rapport de forces régional dans un contexte sahélien fragile ?
Dans l’histoire contemporaine, les solutions imposées sans expression libre des populations concernées ont rarement produit une stabilité durable.
L’Europe : entre principes et intérêts
L’Union européenne se trouve elle aussi confrontée à une tension interne : défendre le droit international tout en préservant ses intérêts énergétiques, migratoires et sécuritaires au Maghreb.
Les décisions judiciaires européennes ont rappelé les limites juridiques. Mais la pratique politique demeure marquée par la realpolitik.
Ce qui se joue réellement
Le Sahara occidental se situe aujourd’hui à l’intersection de trois dynamiques : décolonisation inachevée, rivalité maghrébine et recomposition sahélienne.
Si le principe d’autodétermination est intégré dans la nouvelle architecture régionale, une solution stable reste envisageable. S’il est marginalisé au profit d’une logique de stabilisation stratégique, le conflit risque de s’inscrire durablement dans une forme de gestion permanente.
Cinquante ans après, la question demeure fondamentalement politique : un peuple peut-il rester indéfiniment en attente d’un droit reconnu par le droit international ?
L’avenir du Sahara occidental ne dépend pas uniquement des négociations en cours. Il dépendra de la place accordée au droit dans un Maghreb en mutation et dans un Sahel en recomposition.
Dans cette tension entre principe et puissance se dessine non seulement l’avenir du peuple sahraoui, mais aussi celui de l’équilibre régional en Afrique du Nord.
Victoria G. Corera – NO TE OLVIDES DEL SAHARA OCCIDENTAL
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