Série de Le Monde sur Mohammed VI: L’énigme, ce n’est pas Mohammed VI, c’est le silence complice de l’Europe et de médias comme Le Monde – Opinion

Série de Le Monde sur Mohammed VI: L’énigme, ce n’est pas Mohammed VI, c’est le silence complice de l’Europe et de médias comme Le Monde – Opinion

« Mohammed VI, un roi entre ombres : ce que Le Monde tait sur Israël, le Sahara occidental et le makhzen » – par Victoria G. García

La série « L’énigme Mohammed VI » du quotidien français Le Monde (24-29 août 2025) prétend dresser le portrait du monarque marocain. Mais derrière ses six volets détaillés, deux vérités fondamentales sont passées sous silence :
✦ l’occupation coloniale du Sahara occidental, cœur de la politique du régime,
✦ l’alliance stratégique avec Israël, cimentée depuis les Accords d’Abraham.

Ce texte dénonce ces omissions et rappelle que l’énigme n’est pas la personnalité du roi, mais le silence complice de l’Europe et de médias influents.

Opinion | Mohammed VI, un roi entre ombres : ce que Le Monde tait sur Israël, le Sahara occidental et le makhzen – Par Victoria G. García, collaboratrice de la plateforme N’oubliez pas le Sahara Occidental

Une série nécessaire… mais incomplète

Du 24 au 29 août 2025, le quotidien français Le Monde a publié une enquête en six volets intitulée « L’énigme Mohammed VI », une tentative de radiographier le pouvoir, les secrets et les contradictions de l’actuel monarque marocain. Signé par Christophe Ayad et Frédéric Bobin, le travail explore différents angles : l’usure du règne, la jeunesse sous Hassan II, les réformes inachevées, la diplomatie expansive, les mystères du makhzen et, enfin, la relation du roi avec l’islam et les islamistes.

Une série précieuse, certes, mais qui souffre d’un vide criant : le Sahara occidental y est à peine évoqué, et l’alliance stratégique de Mohammed VI avec Israël après les Accords d’Abraham n’y est jamais examinée en profondeur. Deux piliers de son règne, pourtant, qui structurent autant la politique intérieure que la projection extérieure du régime.

Un monarque sous soupçon

Le premier épisode décrit une atmosphère de « fin de règne » : un roi malade, absent, entouré de rumeurs sur sa succession. Le Monde écrit que « le pouvoir est suspendu à la personne du monarque, sans qu’existe aucune institution capable de compenser ses absences » (Le Monde, 24/08/2025).

Mais cette fragilité n’a pas empêché Mohammed VI de consolider un projet autoritaire reposant sur trois piliers : la répression intérieure, le contrôle religieux et la légitimation internationale à travers l’occupation du Sahara occidental.

L’ombre du père et la continuité du makhzen

Les deuxième et cinquième épisodes reviennent sur sa jeunesse sous Hassan II et sur le fonctionnement du makhzen. Le Monde rappelle que « la personne du roi est inviolable et sacrée » (Constitution marocaine, 1962), principe que Hassan II a transformé en dogme. Mohammed VI a hérité de ce cadre, renforcé par un cercle restreint de fidèles – Fouad Ali El Himma, Aziz Akhannouch – qui lui garantissent la soumission de l’élite politique et le contrôle des principaux secteurs économiques.

Mais la série tait ce que le makhzen représente au Sahara occidental : un système d’occupation militaire et de colonisation économique, fondé sur le pillage des ressources naturelles et la répression systématique de la population sahraouie.

Réformes inachevées et promesses trahies

Le troisième volet évoque les réformes annoncées au début du règne : lutte contre la pauvreté, modernisation institutionnelle, ouverture sociale. Bilan : un « monarque des réformes inachevées » (Le Monde, 26/08/2025).

Or, ce constat vaut aussi pour la question coloniale : Mohammed VI refuse toujours de reconnaître le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, pourtant confirmé par l’ONU, l’Union africaine et la Cour de justice de l’Union européenne. Une « réforme » décisive que le roi n’acceptera jamais, car elle saperait la base même de sa légitimité.

Le roi diplomate… et l’allié d’Israël

Le quatrième épisode met en avant Mohammed VI comme « roi des grandes manœuvres diplomatiques ». Le Monde insiste sur ses tournées africaines, ses relations avec Paris, Washington ou Madrid. Mais l’essentiel est occulté : l’alliance scellée avec Israël en 2020.

Sous le parrainage de Washington, Rabat a échangé la reconnaissance d’Israël contre l’appui américain à l’occupation du Sahara occidental. Depuis, la coopération militaire et sécuritaire entre les deux régimes n’a cessé de croître : drones, satellites, systèmes de surveillance comme Pegasus. Israël est devenu le garant de la survie du trône et l’allié stratégique du makhzen.

Que Le Monde passe presque sous silence ce pacte de fer montre une limite majeure : analyser la diplomatie marocaine comme une simple chorégraphie protocolaire, alors qu’elle repose sur une complicité active avec une autre puissance occupante.

L’islam comme instrument politique

Le sixième épisode (« Mohammed VI, l’islam et les islamistes », 29/08/2025) souligne son rôle de « commandeur des croyants ». Ce titre lui offre une légitimité religieuse unique, qu’il utilise pour contenir les islamistes et se présenter comme rempart de tolérance.

Mais derrière le discours de « l’islam du juste milieu » se cache une instrumentalisation : contrôle des mosquées, domestication des oulémas, absence de liberté de conscience. Comme le note le politologue Youssef Belal, cité par Le Monde, « ce titre permet surtout au roi de se placer au-dessus du jeu politique et constitutionnel ». Au Sahara occidental, cette aura religieuse fonctionne comme justification supplémentaire pour imposer obéissance à une population colonisée.

Les silences qui trahissent

La série est riche en détails biographiques, mais silencieuse sur l’essentiel. Israël n’apparaît qu’en filigrane. Le Sahara occidental n’est pas abordé comme ce qu’il est : le cœur de la politique extérieure du royaume et la cause centrale de son bras de fer avec l’Algérie.

Ces silences ne sont pas neutres. Ils reflètent une narration qui réduit Mohammed VI à un personnage énigmatique, sans interroger la réalité d’un régime colonial et autoritaire soutenu par l’Europe, les États-Unis et Israël.

Un roi énigmatique… ou un régime colonial

Au terme de ses six volets, Le Monde conclut que Mohammed VI est un roi « opaque, riche, distant, qui aime régner plus que gouverner ». Mais depuis la perspective de celles et ceux qui défendent le droit du peuple sahraoui, l’énigme n’est pas là.

Le véritable mystère, c’est comment la communauté internationale continue de tolérer qu’un régime s’appuyant sur le makhzen, sur l’appareil sécuritaire et sur une alliance coloniale avec Israël puisse perpétuer, en 2025, une occupation brutale et illégale.

L’énigme, ce n’est pas Mohammed VI. L’énigme, c’est le silence complice de l’Europe et de médias comme Le Monde.