Bilan 2025 | La normalisation de l’occupation : soutiens, silences et alignements autour du Sahara occidental (9)

Bilan 2025 | La normalisation de l’occupation : soutiens, silences et alignements autour du Sahara occidental (9)

Tout au long de l’année 2025, le conflit du Sahara occidental n’a connu aucune avancée substantielle vers sa résolution, mais il a en revanche fait l’objet d’une stratégie soutenue de normalisation politique de l’occupation. Le Maroc n’a obtenu aucun nouveau soutien juridique concernant le territoire, et son statut international de territoire non autonome, en attente de décolonisation, n’a pas été modifié. L’absence de progrès sur le plan légal n’a toutefois pas empêché la consolidation d’un récit du « fait accompli », appuyé sur des alignements diplomatiques sélectifs et sur des silences stratégiques de plus en plus structurels.

Le contraste entre le cadre juridique et la pratique politique a marqué l’ensemble de l’année. Tandis que les Nations unies continuent d’affirmer sans ambiguïté le principe du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, et que les juridictions européennes rappellent l’illégalité de l’inclusion du Sahara occidental dans des accords conclus avec le Maroc sans le consentement du peuple sahraoui, de nombreux États ont choisi de reléguer le conflit hors de l’agenda politique. L’occupation ne se légitime pas en droit, mais elle tend à être normalisée dans les faits.

Dans ce contexte, le Maroc a approfondi une stratégie visant non pas à modifier un cadre juridique qui lui demeure défavorable, mais à gagner du temps. L’occupation est présentée comme synonyme de stabilité, la répression comme une simple gestion administrative, et le pillage des ressources comme du développement. L’année 2025 a ainsi permis de mesurer jusqu’où cette stratégie rencontre des résistances ou, au contraire, des complicités.

Parmi les soutiens explicites, certains États ont renforcé leur alignement avec Rabat sans introduire de nuances significatives au regard du droit international. Israël a maintenu un appui politique constant, intégré dans une coopération stratégique plus large en matière de sécurité et de diplomatie. Ce soutien, réitéré sans aucune référence au droit à l’autodétermination, a contribué à conforter le récit marocain d’une légitimation extérieure.

Les Émirats arabes unis ont joué un rôle comparable, en combinant investissements économiques et appui diplomatique continu. Leur implication dans des projets liés au territoire occupé s’inscrit dans une logique géopolitique qui privilégie la stabilité d’alliés stratégiques au détriment de toute considération juridique relative à la décolonisation inachevée.

De leur côté, les États-Unis n’ont pas corrigé en 2025 le cadre hérité des années précédentes. Sans procéder à de nouvelles reconnaissances formelles, Washington a maintenu une position ambiguë qui, dans la pratique, profite au Maroc en ne revenant pas sur une situation contraire au droit international. Cette inertie a été interprétée par Rabat comme une validation implicite de sa stratégie.

En Europe, le rôle de la France est resté central. Paris a continué d’apporter une couverture politique au Maroc dans différents forums, contribuant à diluer le débat sur le Sahara occidental et à amortir toute remise en question de fond. Ce soutien, constant bien que souvent indirect, a constitué l’un des piliers de la normalisation politique de l’occupation en 2025.

En 2025, le rôle de l’Espagne s’est inscrit dans une logique de normalisation discrète mais effective de l’occupation. Malgré sa responsabilité historique en tant qu’ancienne puissance administrante, le gouvernement de Pedro Sánchez a maintenu sans inflexion le virage engagé en 2022, en présentant son alignement sur la position marocaine comme une option « pragmatique » et en évitant toute référence explicite au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Cette orientation s’est traduite par un profil international effacé, l’absence d’initiatives aux Nations unies et une priorité donnée à la relation bilatérale avec Rabat, illustrée notamment par la tenue d’une Réunion de haut niveau en 2025 où le Sahara occidental a été relégué au second plan. Par ses silences et ses choix politiques, l’Espagne a ainsi contribué à figer le conflit plutôt qu’à assumer un rôle actif dans le processus de décolonisation.

Au-delà des soutiens explicites, l’année 2025 a été marquée par ce que l’on peut qualifier de « silences actifs ». Les institutions européennes ont continué à gérer — et non à résoudre — la contradiction entre le droit et la pratique, au moyen de reports, de formulations ambiguës et d’un effacement progressif du Sahara occidental du débat public. Ce silence n’a pas été neutre : il a fonctionné comme un facteur de stabilisation de l’occupation.

Face à cette dynamique, l’année a néanmoins révélé la persistance de contrepoids. Des États, des organisations et divers acteurs internationaux ont réaffirmé, dans différents forums, le droit du peuple sahraoui à décider de son avenir. Dans ce cadre, le Front Polisario a conservé son rôle d’interlocuteur légitime du peuple sahraoui, tant sur le plan politique que juridique, empêchant que le récit de la normalisation s’impose sans contestation.

Le bilan de 2025 est sans ambiguïté : l’occupation du Sahara occidental n’a pas été légitimée, mais elle a été activement normalisée. Soutiens explicites, alignements stratégiques et silences calculés ont contribué à construire une apparence de stabilité qui ne repose sur aucune base juridique ni politique solide. Loin d’avoir été l’année de la solution, 2025 a été celle de la tentative d’habituer la communauté internationale à une occupation illégale. Une tentative persistante, mais non définitive, car le droit international et la résistance politique du peuple sahraoui continuent d’en fixer les limites.

Victoria G. Corera
Plateforme « NO TE OLVIDES DEL SAHARA OCCIDENTAL »

Victoria G. Corera
Plateforme « NO TE OLVIDES DEL SAHARA OCCIDENTAL »


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