THÈME DU JOUR | « La guerre du Sahara » existe, même si beaucoup préfèrent ne pas la voir

La mort au combat de Lahbib Mohamed Abdelaziz rappelle une réalité dérangeante : le conflit sahraoui reste ouvert et continue de coûter des vies alors qu’une grande partie de la communauté internationale détourne le regard.

Victoria G. Corera

La mort au combat de Lahbib Mohamed Abdelaziz, membre du Secrétariat national du Front Polisario et chef de la Première Brigade de Réserve de l’Armée populaire de libération sahraouie, a remis au premier plan une réalité que de nombreux observateurs préfèrent ignorer : la guerre du Sahara Occidental existe.

Il ne s’agit ni d’une formule politique ni d’un slogan militant. Depuis novembre 2020, lorsque le cessez-le-feu conclu sous l’égide des Nations unies en 1991 a pris fin après les événements de Guerguerat, les opérations militaires ont repris entre le Front Polisario et le Maroc. Pourtant, malgré cette réalité, le conflit demeure largement absent des grands médias internationaux.

Au cours des derniers mois, l’Armée populaire de libération sahraouie a annoncé des opérations dans plusieurs secteurs du territoire, notamment à Mahbes, Guelta, Hauza, Tichla ou Smara. Pour les Sahraouis, ces actions ne sont pas des épisodes isolés mais la conséquence directe de l’échec du processus politique censé conduire à l’autodétermination du peuple sahraoui.

Du point de vue sahraoui, la question fondamentale reste inchangée depuis un demi-siècle : le droit du peuple sahraoui à décider librement de son avenir. Pendant des décennies, la direction sahraouie a privilégié la voie diplomatique et le référendum promis par les Nations unies. L’absence de progrès concrets et l’enlisement du processus ont conduit au retour de la lutte armée.

La guerre du Sahara Occidental ne peut cependant pas être réduite aux seuls communiqués militaires. Depuis plusieurs années, des organisations sahraouies et diverses sources régionales dénoncent des frappes menées par des drones marocains contre des véhicules civils dans les zones désertiques proches du mur militaire. Ces incidents suscitent une profonde inquiétude parmi les Sahraouis, qui constatent que des faits susceptibles de provoquer une forte réaction internationale dans d’autres conflits passent presque inaperçus lorsqu’ils concernent le Sahara Occidental.

Ce sentiment d’invisibilité alimente une frustration croissante. Alors que la guerre continue de produire des victimes, la question sahraouie disparaît régulièrement des priorités diplomatiques internationales. On parle de stabilité régionale, d’intérêts stratégiques ou de coopération sécuritaire, mais rarement des conséquences humaines du conflit.

C’est pourquoi la mort d’un combattant sahraoui est souvent perçue différemment à l’intérieur de la société sahraouie que dans les analyses extérieures. La perte d’une vie humaine est douloureuse. Mais elle est également interprétée comme un sacrifice consenti au nom d’une cause collective considérée comme juste : la liberté et l’indépendance du peuple sahraoui.

Un aspect souvent ignoré par les analyses géopolitiques est que la force principale de la résistance sahraouie ne réside pas seulement dans les capacités militaires. Elle repose aussi sur une conviction nationale profondément enracinée et sur la capacité d’un peuple à maintenir son engagement malgré l’exil, l’occupation et les déceptions accumulées.

La disparition d’un combattant, quel que soit son rang ou sa fonction, est douloureuse. Mais pour beaucoup de Sahraouis, elle ne remet pas en cause l’idée collective qui anime leur lutte depuis des décennies. Une vie peut être perdue ; une aspiration nationale partagée par tout un peuple ne disparaît pas aussi facilement.

La mort de Lahbib Mohamed Abdelaziz ne modifie pas à elle seule le rapport de forces sur le terrain. Elle rappelle toutefois une évidence que beaucoup préfèrent ignorer : la guerre continue, le conflit reste ouvert et la question du Sahara Occidental demeure sans solution.

Voilà sans doute la réalité la plus inconfortable pour ceux qui continuent à présenter le Sahara Occidental comme un conflit figé. La guerre existe. Elle continue de coûter des vies. Et pour une partie importante du peuple sahraoui, elle reste la conséquence directe d’une décolonisation qui n’a jamais été menée à son terme.