La Russie révèle : sans révision du texte, elle aurait bloqué la résolution sur le Sahara occidental

La Russie révèle : sans révision du texte, elle aurait bloqué la résolution sur le Sahara occidental

La récente résolution du Conseil de sécurité des Nations unies prorogeant le mandat de la MINURSO a révélé des tensions profondes entre les membres permanents du Conseil. La Russie, qui s’est abstenue lors du vote sur le texte rédigé par les États-Unis, a vivement critiqué à la fois le contenu de la résolution et la manière dont elle a été négociée. Son intervention, nourrie de considérations politiques et juridiques, montre à quel point la gestion du conflit du Sahara occidental reste prisonnière des agendas géopolitiques, au détriment du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.

« Un texte déséquilibré » qui politise le Conseil

Dans son explication de vote, le représentant permanent de la Russie, Vassily Nebenzia, a souligné le caractère partial de la résolution proposée par Washington :

« Nous n’avons pas pu soutenir un texte aussi déséquilibré. Nous avons également été surpris par l’approche des porte-plume du dossier, qui ont décidé d’utiliser le Conseil de sécurité pour faire avancer leur agenda national. »

Ces critiques portent moins sur le fond juridique que sur la méthode. Selon Moscou, les États-Unis ont volontairement éludé une discussion détaillée avec tous les membres du Conseil, contournant les pratiques de négociation consensuelle à l’ONU au profit d’une démarche imposée.

Le « Groupe des amis du Sahara occidental » sous le feu des critiques

La Russie a également fustigé le rôle du « Groupe des amis du Sahara occidental », un cadre informel où sont souvent élaborés les premiers projets de résolution. Pour Nebenzia, ce groupe, auquel appartiennent les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’Espagne et la Russie elle-même, a perdu sa raison d’être :

« Nous ne pouvons pas tenir compte du ‘Groupe des amis du Sahara occidental’ : vu la modification des positions nationales de nos partenaires, ce groupe est devenu une plateforme de ‘monologue collectif’. »

Cette mise en cause expose l’alignement progressif de certains États membres sur les thèses marocaines, marginalisant les voix qui défendent le droit international et le cadre de décolonisation des Nations unies.

Avertissement sur le risque de reprise du conflit

En s’abstenant, la Russie a évité de bloquer la résolution, mais a averti des risques de sa mise en œuvre :

« Nous espérons que cette approche téméraire et unilatérale de nos collègues américains ne ravivera pas un conflit qui couve depuis des décennies. »

Cette déclaration met en garde contre toute tentative de solution qui violerait le droit à l’autodétermination des Sahraouis, principe fondamental et inaliénable consacré par la Charte des Nations unies.

Aucune solution ne peut ignorer le droit à l’autodétermination

Malgré son abstention, la Russie a réaffirmé que le seul cadre acceptable est celui du droit international :

« Nous faisons confiance à l’Envoyé personnel du Secrétaire général pour promouvoir une solution mutuellement acceptable, permettant au peuple du Sahara occidental d’exercer librement son droit inaliénable à l’autodétermination. Il n’existe aucune alternative à ce scénario. »

Ainsi, Moscou se distingue des puissances qui promeuvent le plan d’autonomie marocain comme seule issue au conflit, et refuse toute tentative de légitimation de l’occupation.


🔍 Analyse géopolitique : que révèle la position russe ?

L’explication de vote russe contient deux informations essentielles soulignées par le professeur et juriste espagnol Carlos Ruiz Miguel (@DesdelAtlantico), spécialiste du droit international et du conflit du Sahara occidental.

1. La Russie était prête à opposer son veto si le texte n’était pas modifié

« Rusia ha revelado que de no suprimirse la referencia al plan marroquí como ‘única solución’, habría vetado la resolución. » (La Russie a révélé que, si la référence au plan marocain comme ‘unique solution’ n’avait pas été supprimée, elle aurait opposé son veto à la résolution.)

Ce point crucial révèle que le projet initial soumis par les États-Unis violait le cadre juridique onusien. Le droit à l’autodétermination ne peut être remplacé par un plan d’autonomie imposé, ce que plusieurs États, notamment les États-Unis et la France, tentent pourtant de normaliser dans la diplomatie autour du Sahara occidental.

2. La Russie avertit que la résolution pourrait aggraver le conflit… et en connaît les risques

« Rusia advierte que esta resolución no solo no resuelve el conflicto, sino que puede agravarlo. » (La Russie avertit que cette résolution ne résout pas le conflit, mais pourrait l’aggraver.)

Comme le rappelle Ruiz Miguel, cet avertissement est aussi une indication géopolitique : la Russie est le principal fournisseur d’armes de l’Algérie, soutien stratégique du Front Polisario. Toute tentative de vider le processus de sa dimension d’autodétermination risque d’alimenter la spirale militaire déjà relancée depuis novembre 2020.


🧭 Conclusion

L’intervention de la Russie rappelle que, malgré les pressions diplomatiques croissantes des États-Unis, de la France et de leurs alliés, le droit international demeure un obstacle majeur à toute tentative d’annexion du Sahara occidental par le Maroc. Elle souligne aussi les fractures de plus en plus visibles au sein du Conseil de sécurité à propos de ce dossier.

Dans un contexte de reprise de la lutte armée et de militarisation croissante du territoire, ignorer le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui ne peut conduire qu’à une nouvelle phase d’instabilité régionale.

Explanation of vote by Permanent Representative Vassily Nebenzia after the vote on a draft resolution on MINURSO


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