ANALYSE | Le Maroc est en Afrique. Mais le Maroc n’est pas l’Afrique

Siège de l’Union africaine à Addis-Abeba. L’organisation continentale rassemble 55 États membres, dont la République arabe sahraouie démocratique et le Maroc.

Le récent tournant de la Colombie sur le Sahara Occidental remet en lumière une idée formulée par le diplomate sahraoui Mohamed Zrug : entretenir une relation privilégiée avec Rabat ne signifie pas avoir une véritable politique africaine.

Carlos C. García

Il y a des phrases qui résument en quelques mots une question beaucoup plus vaste. À propos du récent changement de position de la Colombie sur le Sahara Occidental, l’avocat et diplomate sahraoui Mohamed Zrug écrivait ces jours-ci que « le Maroc n’est pas l’Afrique ». Évidemment, le Maroc est un pays africain. Ce que cette formule remet en cause, c’est la tendance de Rabat à se présenter auprès de l’Europe, des États-Unis ou de l’Amérique latine comme une porte d’entrée privilégiée, voire comme un intermédiaire naturel avec l’ensemble du continent.

Le Maroc a beaucoup investi dans cette image. Sa diplomatie est active, ses banques et ses entreprises sont présentes dans plusieurs pays africains, ses liaisons aériennes sont importantes et sa proximité avec l’Europe lui donne une position particulière. Rien de tout cela ne doit être nié. Mais une relation privilégiée avec le Maroc ne peut pas remplacer une politique africaine digne de ce nom.

L’Afrique compte 55 États membres de l’Union africaine, avec des réalités économiques, politiques et sociales profondément différentes. Le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Kenya, l’Angola, le Sénégal, l’Éthiopie ou l’Algérie ne regardent ni le monde ni leurs intérêts depuis Rabat. Réduire le continent à la relation avec le Maroc serait aussi simplificateur que prétendre comprendre toute l’Europe à travers un seul de ses États.

Délégation de la République sahraouie lors d’une réunion de l’Union africaine.
Une délégation de la République sahraouie lors d’une réunion de l’Union africaine. La RASD est membre de plein droit de l’organisation continentale, tout comme le Maroc.

Le Sahara Occidental révèle particulièrement bien cette contradiction. La République arabe sahraouie démocratique est membre de plein droit de l’Union africaine. Le Maroc aussi. Lorsque Rabat a réintégré l’organisation continentale en 2017, après plus de trois décennies d’absence, la République sahraouie y était toujours présente. Le Maroc tente depuis des années d’obtenir, hors d’Afrique, que certains gouvernements marginalisent ou rompent leurs relations avec la RASD, mais il n’a pas réussi à la faire disparaître de la principale organisation politique du continent.

Il ne s’agit donc pas de dire qu’un pays ne devrait pas entretenir de bonnes relations avec le Maroc. Le problème apparaît lorsque cette relation devient le substitut d’une politique africaine directe et lorsqu’elle implique l’acceptation de la position marocaine sur un territoire dont le processus de décolonisation reste inachevé.

C’est précisément la question que devrait se poser tout gouvernement souhaitant développer sa présence en Afrique. Une véritable politique africaine suppose des relations directes avec ses États, ses institutions et ses sociétés, et non une lecture du continent à travers les intérêts d’un seul pays.

La formule de Mohamed Zrug mérite donc de dépasser la seule actualité colombienne.

Le Maroc est en Afrique. Mais le Maroc n’est pas l’Afrique. Confondre ces deux affirmations peut être l’une des erreurs les plus élémentaires de tout pays qui prétend construire une véritable politique africaine.