ANALYSE | Sahara occidental : la lettre roumaine à Mohammed VI dont le texte original reste inconnu

Le président roumain aurait soutenu une autonomie sous souveraineté marocaine, mais les informations disponibles proviennent des extraits diffusés par Rabat. Dacian Cioloș, porteur de la lettre, cherchait également au Maroc des soutiens pour diriger la Francophonie.

Par Victoria G. Corera

La Roumanie aurait formalisé son soutien à la position marocaine sur le Sahara occidental dans une lettre adressée par le président Nicușor Dan au roi Mohammed VI. Selon la version rendue publique à Rabat, Bucarest considère qu’une « véritable autonomie sous souveraineté marocaine » pourrait constituer une solution viable et que le plan présenté par le Maroc en 2007 représente la base « la plus appropriée, sérieuse, crédible et réaliste » pour parvenir à une solution politique.

L’information a été reprise par Europa Press avec une précaution importante : l’agence attribue le contenu de la lettre au ministère marocain des Affaires étrangères. Elle ne cite aucun communiqué équivalent de la présidence roumaine et ne renvoie pas au document original.

Or, le texte intégral de cette lettre n’apparaît pas, jusqu’à présent, sur les pages officielles consultées en Roumanie. Aucune reproduction ne permet non plus de vérifier sa formulation exacte, les nuances qui pourraient accompagner les passages diffusés ou les autres questions abordées dans le message.

Il ne s’agit pas de nier l’existence de la lettre ni le soutien exprimé par le président roumain. Mais il faut distinguer le document original des extraits sélectionnés et publiés par son destinataire, qui est aussi le principal bénéficiaire politique de cette annonce.

Une lettre connue par la version de Rabat

Le message a été remis au ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, par Dacian Cioloș, conseiller présidentiel, ancien Premier ministre roumain et ancien commissaire européen.

La méthode rappelle inévitablement la lettre adressée par Pedro Sánchez à Mohammed VI en mars 2022. Le changement de position espagnol sur le Sahara occidental avait alors été annoncé en premier lieu par le Maroc, avec la même formule qualifiant le projet d’autonomie de base « sérieuse, crédible et réaliste ».

Les situations ne sont toutefois pas identiques. L’Espagne rompait avec une position maintenue pendant plusieurs décennies, alors même qu’elle demeure l’ancienne puissance coloniale du Sahara occidental. La Roumanie avait déjà adopté une attitude favorable au plan marocain.

La nouvelle lettre semble donc moins constituer un revirement qu’un renforcement du langage employé : il ne s’agit plus seulement de présenter le plan comme crédible, mais d’accepter explicitement une autonomie sous souveraineté marocaine.

Cioloș cherchait aussi des soutiens à Rabat

La visite de Dacian Cioloș possède un autre enjeu diplomatique. Il est le candidat officiel de la Roumanie au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie. Sa candidature a été officiellement déposée par Bucarest en avril 2026.

Le Maroc est membre de la Francophonie et dispose d’une influence importante auprès de nombreux États africains francophones. Cioloș est donc arrivé à Rabat pour présenter sa candidature et rechercher des soutiens, tout en remettant une lettre qui répond à l’une des principales priorités de la diplomatie marocaine.

Il n’existe aucune preuve publique d’un accord ou d’un échange direct entre ces deux questions. Mais le contexte ne peut être ignoré : le porteur de la lettre sollicitait l’appui du Maroc dans une compétition diplomatique internationale.

Une transparence indispensable

La présidence roumaine devrait désormais publier le texte intégral de la lettre, confirmer sa formulation exacte et expliquer pourquoi sa position sur le Sahara occidental a été révélée par Rabat avant de l’être par Bucarest.

Une lettre diplomatique peut exprimer une orientation politique, mais elle ne modifie pas le statut juridique du Sahara occidental. Le territoire demeure inscrit par les Nations unies sur la liste des territoires non autonomes et son processus de décolonisation reste inachevé.

La Roumanie est libre d’adopter la position qu’elle souhaite. Mais elle doit le faire publiquement et permettre de connaître le document original envoyé en son nom.