Sahara occidental : est-ce vraiment le pire moment pour la RASD ?

À l’occasion du 50e anniversaire de la proclamation de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), une idée revient avec insistance dans certains commentaires : la situation actuelle serait la plus défavorable de toute son histoire. Une lecture compréhensible si l’on observe certains évolutions récentes, mais largement insuffisante dès que l’on prend en compte l’ensemble des dimensions du conflit du Sahara occidental.

Il est vrai que ces dernières années ont été marquées par des changements diplomatiques significatifs. La reconnaissance unilatérale de la souveraineté marocaine par les États-Unis sous la présidence de Donald Trump, maintenue sans correction par Joe Biden, a eu un impact réel. Le repositionnement de l’Espagne en faveur de la proposition d’autonomie marocaine s’inscrit également dans ce contexte.

Mais réduire la situation actuelle à une « défaite historique » de la cause sahraouie revient à ignorer un élément central : le cadre juridique international n’a pas changé. Le Sahara occidental reste inscrit sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies, et le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui demeure intact.

Ce point est essentiel. Malgré les évolutions diplomatiques, aucune reconnaissance internationale de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental n’existe. Les résolutions du Conseil de sécurité n’ont pas remplacé le principe d’autodétermination par la proposition d’autonomie. Le cœur juridique du conflit reste donc inchangé.

Parallèlement, la dimension judiciaire a pris une importance croissante. Les décisions de la justice européenne sur les accords commerciaux et de pêche ont rappelé une exigence fondamentale : toute activité concernant le territoire doit se faire avec le consentement du peuple sahraoui. Ce terrain juridique reste l’un des plus solides pour la position sahraouie.

Sur le plan interne, la RASD a maintenu une continuité institutionnelle depuis cinq décennies, malgré les conditions d’exil. L’existence d’institutions politiques, administratives et sociales dans les camps de réfugiés constitue un élément déterminant pour comprendre la persistance de la cause sahraouie.

Au niveau international, la RASD demeure membre de l’Union africaine, ce qui lui confère une présence institutionnelle réelle. Si la reconnaissance n’est pas universelle, elle n’a pas non plus disparu.

Il est indéniable que le conflit traverse une phase marquée par le blocage politique et par le poids des équilibres géopolitiques. Mais ces éléments ne suffisent pas à définir l’ensemble de la situation.

Qualifier le moment actuel de « pire » revient à privilégier la conjoncture politique au détriment des éléments structurels du conflit. Or, c’est précisément dans ces éléments — le droit international, la continuité institutionnelle et l’existence du peuple sahraoui comme sujet politique — que se trouvent les clés pour comprendre son évolution.

Cinquante ans après, la question reste la même : l’application effective du droit à l’autodétermination. Tant que ce principe ne sera pas mis en œuvre, le conflit du Sahara occidental ne pourra être considéré comme résolu.


Victoria G. Corera
Plateforme « NO TE OLVIDES DU SAHARA OCCIDENTAL »