Sahara occidental : quand l’« autonomie » marocaine se heurte à la réalité des intérêts américains – Lecture commentée d’un article d’Afrik-com

Sahara occidental : quand l’« autonomie » marocaine se heurte à la réalité des intérêts américains – Lecture commentée d’un article d’Afrik-com

 

Dans un article publié le 28 janvier 2026 sur Afrik, le journaliste et analyste Ali Attar avance une hypothèse qui, il y a encore peu, aurait semblé improbable dans les cercles diplomatiques occidentaux : face à l’absence persistante d’un plan marocain crédible pour le Sahara occidental, l’administration Trump pourrait être tentée d’imposer une forme d’autodétermination « sur mesure », dictée avant tout par les intérêts stratégiques et économiques des États-Unis.

Le point de départ de l’analyse est la tournée nord-africaine de Massad Boulos, conseiller principal de Donald Trump pour l’Afrique et le Moyen-Orient, et notamment sa visite à Alger le 27 janvier 2026. Pour Ali Attar, ce déplacement intervient à un moment charnière : malgré le soutien verbal réitéré de Washington au plan d’autonomie marocain de 2007 — qualifié depuis des années de « sérieux, crédible et réaliste » — une question centrale demeure sans réponse depuis près de deux décennies : où est le plan concret ?

L’article souligne avec insistance le caractère largement fictif de cette « autonomie » marocaine. Dix-huit ans après sa présentation aux Nations unies, Rabat n’a jamais produit de cadre juridique détaillé définissant les compétences réelles, les institutions, la souveraineté budgétaire ou le contrôle des ressources naturelles qui seraient transférés aux Sahraouis. Le document de 2007, limité à une trentaine de principes généraux, a servi de support diplomatique, mais n’a jamais été traduit en mécanismes opérationnels. Cette ambiguïté calculée a permis au Maroc d’accumuler des soutiens politiques sans avoir à assumer les implications concrètes d’une véritable autonomie.

Ali Attar rappelle à juste titre que cette vacuité n’est pas accidentelle. Le modèle marocain de « régionalisation avancée », inscrit dans la Constitution de 2011, montre déjà ses limites : aucune région du Royaume ne dispose d’un réel contrôle sur ses ressources stratégiques, d’une autonomie fiscale ou d’un pouvoir législatif substantiel. Dans les territoires sahraouis occupés, cette centralisation est encore plus marquée, combinant administration verticale, présence sécuritaire massive et économie extractive tournée vers le pillage des ressources, comme l’ont rappelé à plusieurs reprises les arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne.

L’un des apports majeurs de l’article réside toutefois dans l’analyse du changement de logique à Washington. Contrairement aux administrations précédentes, souvent satisfaites d’un statu quo favorable au Maroc, Donald Trump aborde le dossier sahraoui à travers un prisme ouvertement transactionnel. La priorité affichée de son administration est désormais la sécurisation des approvisionnements en minéraux critiques indispensables à l’industrie américaine, dans un contexte de rivalité accrue avec la Chine.

À cet égard, le Sahara occidental apparaît comme un territoire hautement stratégique. Ali Attar rappelle l’importance des réserves de phosphates de Bou Craa, mais aussi l’existence de gisements encore inexploités de terres rares, de fer, de titane, de vanadium et potentiellement d’uranium. Ces ressources, documentées notamment par des études géologiques soviétiques et russes, pourraient justifier, du point de vue américain, une remise en cause des « orthodoxies diplomatiques » actuelles — y compris l’abandon de la fiction d’une autonomie marocaine jamais mise en œuvre.

C’est dans ce contexte que l’auteur évoque la possibilité d’une « troisième voie » : non pas l’autonomie cosmétique défendue par Rabat, mais une autodétermination effective, rejoignant paradoxalement les revendications historiques du Front Polisario et de l’Algérie. Cette option inclurait un contrôle réel des ressources naturelles par les Sahraouis, la capacité de nouer des partenariats économiques indépendants, des garanties internationales de mise en œuvre, ainsi qu’un système judiciaire et législatif propre. Autant d’éléments qui relèvent du droit à l’autodétermination tel que reconnu par les Nations unies, et non d’une simple décentralisation administrative.

L’article insiste également sur le rôle central de l’Algérie, qualifiée de partenaire incontournable de toute solution durable. La visite de Boulos à Alger, avant toute autre capitale maghrébine, est interprétée comme la reconnaissance tardive d’une réalité politique constante : aucune solution au Sahara occidental ne peut être imposée sans l’Algérie, ni contre elle. La cohérence de la position algérienne, fondée depuis plus d’un demi-siècle sur les principes de la décolonisation, apparaît ici non comme un obstacle, mais comme un facteur de crédibilité.

Enfin, Ali Attar conclut sur une note à la fois ironique et lucide : si une évolution américaine devait finalement donner raison aux défenseurs du droit international et de l’autodétermination du peuple sahraoui, l’histoire retiendrait peut-être que cette avancée n’aurait pas été dictée par des principes, mais par les intérêts économiques et stratégiques des entreprises américaines. Une réalité qui, sans l’embellir, n’enlèverait rien à la légitimité du combat sahraoui.


Source :
Ali Attar, « Sahara occidental : faute de plan marocain crédible, Trump pourrait imposer une autodétermination taillée pour les intérêts américains », Afrik, 28 janvier 2026.

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