La pression exercée par Washington pour étendre les Accords d’Abraham montre que cette stratégie dépasse aujourd’hui largement la seule question israélo-arabe
Par Victoria G. Corera
Les Accords d’Abraham étaient initialement présentés comme un simple processus de normalisation diplomatique entre Israël et plusieurs pays arabes. Quelques années plus tard, ils apparaissent de plus en plus comme l’un des piliers de la nouvelle stratégie géopolitique américaine au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
Les récentes déclarations de Donald Trump autour de l’Iran le confirment. L’ancien président américain lie désormais ouvertement la stabilité régionale et la désescalade des tensions à l’élargissement des Accords d’Abraham à de nouveaux États arabes. Cette logique révèle un changement important : les alliances avec Israël deviennent progressivement un élément structurant du nouvel ordre régional soutenu par Washington.
Dans ce contexte, le Sahara occidental occupe une place particulière.
Le Maroc a obtenu en 2020 la reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le territoire sahraoui en échange de la normalisation de ses relations avec Israël. Cette décision a marqué une rupture importante avec des décennies de discours officiel fondé sur les résolutions des Nations unies et le principe d’autodétermination.
Depuis lors, Rabat a considérablement renforcé sa coopération avec Israël dans les domaines sécuritaire, militaire et technologique. Le Sahara occidental est ainsi devenu l’un des premiers exemples concrets d’une question internationale directement intégrée dans la logique géopolitique des Accords d’Abraham.
Pour Washington, le Maroc représente aujourd’hui un partenaire stratégique essentiel au Maghreb et sur la façade atlantique africaine. Pour Israël, Rabat constitue également un allié régional important dans un contexte marqué par les tensions avec l’Iran et les recompositions du Moyen-Orient.
Le problème est que cette évolution tend progressivement à reléguer au second plan le droit international lui-même. Plus les Accords d’Abraham deviennent un instrument central des nouvelles alliances régionales, plus certaines questions historiques — du Sahara occidental à la Palestine — risquent d’être traitées avant tout sous l’angle de la sécurité et des intérêts stratégiques.
C’est précisément ce qui donne aujourd’hui à cette évolution une dimension beaucoup plus large que le seul conflit sahraoui.
Les Accords d’Abraham ne concernent plus uniquement la diplomatie régionale. Ils participent désormais à une tentative de redéfinition des équilibres politiques du Moyen-Orient et d’une partie de l’Afrique du Nord autour de nouvelles alliances soutenues par les États-Unis.
Et le Sahara occidental fait déjà partie de cette nouvelle réalité géopolitique.