La voie Tiznit-Dakhla n’est pas nouvelle : lancée en 2015, elle devient aujourd’hui un hommage politique au président qui a reconnu les prétentions marocaines sur le territoire sahraoui.
Donald Trump a diffusé une vidéo présentant la route Tiznit-Dakhla sous le nom de « President Donald J. Trump Highway ». Le président américain a remercié Mohammed VI pour cet « honneur » et déclaré qu’il espérait parcourir un jour l’ensemble de l’itinéraire.
La scène est spectaculaire, mais la nouveauté est surtout politique. Il ne s’agit pas d’une nouvelle autoroute annoncée par Trump. Le projet remonte à 2015 et fait partie du programme marocain d’infrastructures destiné à relier Tiznit, au Maroc, à El Aaiún et Dakhla, dans la partie occupée du Sahara occidental.
Rabat transforme aujourd’hui cette route en hommage personnel au président qui, en décembre 2020, a reconnu unilatéralement les prétentions marocaines de souveraineté sur le territoire sahraoui.
Un hommage au service de l’occupation
Le Maroc connaît parfaitement les méthodes de Donald Trump : personnalisation du pouvoir, culte du nom, communication spectaculaire et annonces conçues pour dominer les réseaux sociaux.
Le Makhzen lui offre donc ce qu’il apprécie le plus : son nom affiché en grandes lettres sur une infrastructure présentée comme historique.
Trump obtient son hommage. Mohammed VI obtient en retour une nouvelle séquence de propagande internationale.
Car l’objectif ne consiste pas seulement à baptiser une route. Il s’agit de faire apparaître Tiznit, El Aaiún et Dakhla comme les étapes naturelles d’un même territoire marocain, en effaçant la frontière juridique entre le Maroc et le Sahara occidental occupé.
Une vidéo suffit alors à produire des dizaines de titres affirmant qu’une autoroute reliera « le Maroc au Sahara », comme si l’occupation avait déjà réglé la question de la souveraineté.
Une route ancienne présentée comme une victoire nouvelle
La voie Tiznit-Dakhla existe depuis des années dans les plans du régime marocain. Elle accompagne d’autres projets —ports, tourisme, énergies renouvelables et liaisons aériennes— utilisés pour intégrer économiquement le territoire occupé et attirer des entreprises étrangères.
La route transporte des véhicules et des marchandises, mais aussi un récit : celui d’un Maroc qui commencerait au nord et se prolongerait sans interruption jusqu’à Dakhla.
Ce récit ne change pourtant rien au statut du Sahara occidental. Le territoire reste inscrit sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies et son processus de décolonisation demeure inachevé.
Le prix du soutien de Trump
L’hommage rappelle surtout la nature de l’alliance entre Trump et le régime marocain.
En 2020, Washington a offert à Rabat une reconnaissance politique contraire au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Aujourd’hui, le Maroc rend symboliquement la faveur en associant le nom de Trump à l’une des infrastructures utilisées pour consolider l’occupation.
Cette opération peut produire des images, des titres et des remerciements présidentiels. Elle ne produit aucune légitimité.
Une route peut porter le nom de Donald Trump. Elle ne peut pas transformer une occupation en souveraineté, ni retirer au peuple sahraoui son droit à décider librement de son avenir.
Sources : publication de Donald Trump sur Truth Social, communications marocaines sur la voie Tiznit-Dakhla et proclamation présidentielle américaine de décembre 2020.
La voie Tiznit-Dakhla n’est pas nouvelle : lancée en 2015, elle devient aujourd’hui un hommage politique au président qui a reconnu les prétentions marocaines sur le territoire sahraoui.