Par Victoria G. Corera – NO TE OLVIDES DEL SAHARA OCCIDENTAL
L’avertissement de Human Rights Watch ne peut être ignoré. Derrière le nouveau cadre de négociation issu de la Résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU, c’est bien plus qu’un ajustement diplomatique qui se dessine : c’est une redéfinition du conflit du Sahara occidental, où le droit à l’autodétermination risque d’être progressivement vidé de son contenu.
Depuis des décennies, la communauté internationale affirme une ligne claire : le peuple sahraoui doit pouvoir décider librement de son avenir. Ce principe n’est ni une concession politique ni une option parmi d’autres. Il constitue le socle juridique du processus de décolonisation reconnu par les Nations unies, confirmé par la Cour internationale de justice et réaffirmé à de multiples reprises par l’Assemblée générale. Pourtant, aujourd’hui, ce principe fondamental est fragilisé par une évolution silencieuse mais profonde du cadre des négociations.
En faisant du plan d’autonomie marocain la base exclusive de discussion, le nouveau cadre introduit une limitation majeure : l’exclusion de l’indépendance comme option réelle. Une telle orientation ne redéfinit pas seulement les termes du débat, elle en modifie la nature même. Car une autodétermination sans choix véritable n’est plus une autodétermination, mais une validation politique encadrée.
Ce glissement s’inscrit dans un contexte international marqué par le retour du « réalisme » géopolitique. Les équilibres régionaux, les intérêts stratégiques et les alliances diplomatiques prennent progressivement le pas sur le respect strict du droit international. Le Sahara occidental devient alors un dossier à « stabiliser », plutôt qu’un processus de décolonisation à achever.
Mais cette logique comporte un risque majeur : celui de transformer une question de droit en simple variable d’ajustement diplomatique. Or, le Sahara occidental demeure un territoire non autonome inscrit sur la liste des Nations unies depuis 1963. Son statut juridique n’a pas changé. Aucune reconnaissance unilatérale, aucun accord politique, aucune pression géopolitique ne peut se substituer à la volonté libre et authentique du peuple sahraoui.
À cela s’ajoute une dimension trop souvent absente des discussions : celle de la justice. Toute solution durable devrait inclure non seulement le droit à décider, mais aussi le droit à réparation, le droit au retour des réfugiés et la reconnaissance des violations subies depuis le début de l’occupation. Ignorer ces éléments revient à construire une solution incomplète, et donc instable.
Plus de trente ans après la promesse d’un référendum, la question demeure entière. Le Conseil de sécurité avait pris un engagement clair. Aujourd’hui, il lui revient d’expliquer comment cet engagement sera respecté — ou assumé comme abandonné.
Le Sahara occidental n’est pas un conflit parmi d’autres. Il est le test de la crédibilité du droit international face aux logiques de puissance. Et, à ce titre, la question centrale reste inchangée :
le peuple sahraoui pourra-t-il encore décider librement de son avenir ?
Descubre más desde No te olvides del Sahara Occidental
Suscríbete y recibe las últimas entradas en tu correo electrónico.
