Le Front Polisario rejette le plan d’autonomie marocain : « Entre être Marocains ou résister, nous résisterons »

Le Front Polisario rejette le plan d’autonomie marocain : « Entre être Marocains ou résister, nous résisterons »

Les mots de Buchraya Hamudi Beyoun après la résolution du Conseil de sécurité : un témoignage de résistance et de lucidité

Ce vendredi 1er novembre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une nouvelle résolution sur le Sahara occidental. Le mandat de la MINURSO a été renouvelé pour une année supplémentaire, mais la formulation du texte — lourdement influencée par Washington, Paris et Londres — marque une évolution dangereuse : pour la première fois depuis 1991, le plan marocain d’autonomie est présenté comme “base réaliste et sérieuse” pour la résolution du conflit.
Sur le terrain, dans les camps de réfugiés de Tindouf, la réaction ne s’est pas faite attendre.

« Nous ne participerons jamais à un processus qui légitime l’occupation. (…) Si le choix est entre devenir Marocains ou résister, nous résisterons », déclare Buchraya Hamudi Beyoun, Premier ministre de la République sahraouie dans les territoires libérés, devant les caméras de RTVE.

Cette déclaration, d’une lucidité froide, condense l’essence de cinquante années de lutte sahraouie : la résistance n’est pas une posture, mais un devoir historique. Et le droit à l’autodétermination, loin d’être une revendication identitaire secondaire, demeure un droit inscrit noir sur blanc dans la Charte de l’ONU et des dizaines de résolutions de l’Assemblée générale.


Un faux tournant diplomatique : quand le Conseil de sécurité entérine l’impasse, sous mandat américain

La nouvelle résolution « invite les parties à négocier dans un esprit de réalisme », formule qui semble innocente, mais qui représente pour les sahraouis une tentative d’effacer le référendum du futur politique du territoire, au profit d’une autonomie présentée comme “unique issue crédible”.
Pour Beyoun, il ne s’agit pas seulement d’un recul diplomatique, mais d’un grave précédent historique :

« Ce que dit cette résolution, c’est que la solution doit être négociée, certes, mais à condition de respecter le droit à l’autodétermination. Cela ne nous impose pas d’accepter l’autonomie. (…) Si les États-Unis pensaient pouvoir nous pousser à renoncer à notre droit, ils se trompent. »

Dans son analyse, le responsable sahraoui qualifie la résolution de compromis imposé par les puissances occidentales, mais rappelle que la pression internationale n’efface ni la légalité du droit sahraoui, ni la résistance de son peuple.


Silence et absences : la position de l’Algérie, l’abstention chinoise et russe

L’entretien aborde un point rarement commenté par les grands médias occidentaux : l’attitude de l’Algérie, alliée stratégique du Front Polisario, qui n’a même pas pris part au vote.

« Le comportement de l’Algérie est un veto politique. C’est comme dire : “Ne comptez pas sur moi pour cautionner cela”. C’est une forme de refus frontal à la normalisation de l’occupation. »

La Russie et la Chine, elles, ont choisi l’abstention, mais pour des raisons explicitement expliquées par leurs représentants : le texte « ne respecte pas le droit international » et sert d’outil au « rôle hégémonique des États-Unis dans la région ».


Et si on laissait les Sahraouis voter ?

Dans une phrase devenue iconique, Buchraya Hamudi Beyoun rappelle l’hypocrisie qui structure le discours occidental sur la démocratie :

« Dans les universités occidentales, on enseigne la liberté d’expression, l’égalité, les droits humains… Mais à nous, Sahraouis, on refuse le droit de voter dans une urne. Pourquoi ? Ont-ils peur que nous rejetions l’autonomie ? »

Poser cette question, c’est dévoiler le cœur de la crise diplomatique autour du Sahara : ce n’est pas un problème de dialogue, mais un problème de volonté politique de laisser voter un peuple colonisé depuis 1975.


Conclusion : la résistance comme seule voie juste

À la question sur l’avenir du peuple sahraoui, si aucun référendum n’a lieu, la réponse est sans détour :

« En 1975, tout le monde pensait que nous disparaîtrions. Nous étions peu nombreux, sans armée, sans ambassades. Mais nous avons résisté. Et si nous avons appris quelque chose en 50 ans, c’est à résister. »

Une phrase qui dépasse le simple contexte de l’interview, et qui s’ancre dans la mémoire collective de tout un peuple. Car, comme l’écrivait déjà El-Ouali Mustapha Sayed, fondateur du Front Polisario, en 1976 : “Le pouvoir de notre ennemi n’est rien face à la détermination d’un peuple qui résiste pour être libre.”


📎 Source

Reportage de Laura Gómez Díaz pour RTVE, publié le 2 novembre 2025 depuis les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf (Algérie).
Titre original : El Frente Polisario rechaza el plan de autonomía de Marruecos: «Entre ser marroquíes o resistir, resistiremos» – RTVE (02/11/2025)
Lien : [RTVE.es] https://www.rtve.es/noticias/20251102/frente-polisario-rechaza-plan-autonomia-marruecos/16797575.shtml


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