L’empire de la force : le Venezuela et l’érosion de l’ordre international

L’empire de la force : le Venezuela et l’érosion de l’ordre international

L’opération militaire menée par les États-Unis contre le Venezuela, ayant abouti à l’arrestation et à l’exfiltration du président Nicolás Maduro, constitue un moment de rupture dans les relations internationales contemporaines. Au-delà du cas vénézuélien, cet épisode met en lumière une évolution préoccupante : l’effacement progressif du droit international comme cadre de régulation au profit d’une logique de puissance assumée.

Une intervention en dehors de tout cadre multilatéral

La conduite de cette opération, sans mandat du Conseil de sécurité des Nations unies et en dehors de toute procédure multilatérale, s’inscrit dans une tendance déjà observable ces dernières années. Lorsque ses intérêts stratégiques sont en jeu, Washington semble de plus en plus disposé à s’affranchir des règles qu’il contribue pourtant à promouvoir dans d’autres contextes.

Les arguments avancés par l’administration américaine, centrés sur la lutte contre le narcotrafic et des poursuites judiciaires visant Nicolás Maduro, ont été immédiatement contestés par les autorités vénézuéliennes. Pour de nombreux États, ces justifications apparaissent fragiles et relèvent davantage d’une construction politique que d’une réponse strictement juridique.

Un choc diplomatique révélateur de profondes fractures

Sur la scène internationale, l’opération a provoqué une onde de choc rapide, révélant des divisions profondes. Aux Nations unies, plusieurs voix ont rappelé les principes fondamentaux de la Charte : souveraineté des États, non-recours à la force et primauté du règlement pacifique des différends.

La Chine et la Russie ont dénoncé une violation caractérisée du droit international et mis en garde contre une banalisation des interventions unilatérales. D’autres pays du Sud global ont exprimé leur inquiétude face à un usage sélectif des normes internationales, appliquées avec rigueur à certains États et relativisées lorsqu’il s’agit de grandes puissances.

Les réactions occidentales, quant à elles, ont souvent été marquées par une certaine ambiguïté : condamnation de principe du recours à la force, mais remise en cause simultanée de la légitimité politique du régime vénézuélien. Ce double discours illustre les difficultés croissantes à défendre de manière cohérente un ordre juridique commun.

L’Amérique latine face à un héritage historique

En Amérique latine, région durablement marquée par l’histoire des interventions extérieures, les réactions ont été sensiblement plus fermes. Plusieurs gouvernements ont dénoncé une atteinte grave à la souveraineté du Venezuela et alerté sur le précédent dangereux que constitue une telle opération.

Cette lecture s’inscrit dans une mémoire collective où les changements de régime imposés de l’extérieur ont rarement débouché sur la stabilité ou la démocratie, mais ont souvent conduit à des cycles prolongés d’instabilité et de violences internes.

Le recul du droit international

Au-delà des positions diplomatiques, l’enjeu central est celui du rôle du droit international. L’intervention américaine contre le Venezuela s’inscrit dans une séquence plus large marquée par un recours croissant à la force dans les relations internationales, au détriment des mécanismes juridiques et multilatéraux.

La lutte contre le narcotrafic, brandie comme justification principale, convainc peu. Pour de nombreux observateurs, le Venezuela est avant tout ciblé pour des raisons stratégiques : ses ressources énergétiques, son positionnement géopolitique et son refus de s’aligner sur l’ordre international défendu par Washington.

Cette évolution soulève une question essentielle : que reste-t-il de l’ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale si les règles qu’il consacre deviennent optionnelles pour les acteurs les plus puissants ?

Un précédent aux conséquences durables

En légitimant, de fait, le changement de régime par la force, cette opération ouvre une brèche préoccupante. Si une telle pratique devait se généraliser, quels fondements juridiques resteraient pour s’y opposer ailleurs, lorsque d’autres puissances invoqueraient à leur tour leurs intérêts stratégiques ?

L’affaiblissement du droit international ne conduit pas à davantage de sécurité, mais à un monde structuré par les rapports de force, où la sécurité collective cède progressivement la place à la confrontation permanente.

Conclusion

L’opération américaine contre le Venezuela ne saurait être considérée comme un épisode isolé. Elle symbolise une transformation plus profonde : le passage d’un ordre international fondé sur des règles partagées à un système de plus en plus dominé par la loi du plus fort.

Face à cette dérive, la responsabilité de l’Europe et des pays du Sud global est majeure : réaffirmer sans ambiguïté leur attachement à la souveraineté des États, au multilatéralisme et au droit international. À défaut, le risque est grand de voir s’imposer durablement un monde d’empires, au détriment de l’État de droit international.

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