FiSahara dénonce l’utilisation du cinéma pour blanchir l’occupation du Sahara occidental

Le festival sahraoui appelle les cinéastes internationaux à ne pas participer aux événements organisés par le Maroc à Dakhla occupée.

Le Festival international du film du Sahara occidental (FiSahara) a lancé un appel aux cinéastes, producteurs et professionnels de la culture du monde entier afin qu’ils refusent de participer au Dakhla International Film Festival, un événement organisé par le Maroc dans la ville occupée de Dakhla, au Sahara occidental.

Selon les organisateurs de FiSahara, ce festival ne peut être considéré comme une simple manifestation culturelle. Il s’inscrit dans une stratégie plus large visant à présenter comme normale une situation que les Nations unies continuent de considérer comme un processus de décolonisation inachevé.

Pour María Carrión, directrice exécutive de FiSahara, l’enjeu dépasse largement le cinéma. « Il ne s’agit pas de promouvoir le dialogue culturel, mais de contribuer à la normalisation d’une occupation illégale », explique-t-elle dans un communiqué publié cette semaine.

La polémique a pris une dimension internationale après l’annonce de la participation de plusieurs personnalités du monde du cinéma européen au festival de Dakhla. Parmi elles figurait Manuel Pena, directeur du Festival international du cinéma de Bueu (Galice), qui a finalement décidé de se retirer après avoir été informé du contexte politique et juridique dans lequel se déroule l’événement.

FiSahara a salué cette décision et appelle désormais d’autres participants internationaux à suivre le même chemin. L’organisation estime que la présence de professionnels étrangers contribue à donner une image de normalité à une ville située dans un territoire dont le statut demeure contesté au regard du droit international.

Le débat soulevé par cette affaire dépasse toutefois le cas de Dakhla. Il pose une question de fond : la culture peut-elle être séparée du contexte politique dans lequel elle s’inscrit ?

Pour les organisateurs de FiSahara, la réponse est claire. Ils rappellent que le peuple sahraoui a demandé à plusieurs reprises à la société civile internationale de ne pas participer à des événements destinés, selon eux, à légitimer l’occupation du territoire.

Ce n’est pas la première fois que cette question surgit. En 2025 déjà, FiSahara avait mené une campagne internationale contre le tournage de L’Odyssée de Christopher Nolan à Dakhla occupée. Cette mobilisation avait trouvé un large écho dans plusieurs médias internationaux et relancé le débat sur l’utilisation de la culture, du tourisme et des grands événements comme instruments de normalisation politique.

Depuis 2003, FiSahara organise son festival dans les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf, en Algérie. Pour ses organisateurs, l’existence parallèle d’un festival dans les camps et d’un autre à Dakhla occupée illustre deux visions radicalement opposées du Sahara occidental : celle d’un peuple qui revendique son droit à l’autodétermination et celle d’un État qui cherche à consolider son contrôle sur le territoire à travers tous les instruments de visibilité internationale, y compris la culture.