Sahara occidental : Paris assume désormais un alignement stratégique avec Rabat

La prochaine visite de Mohammed VI en France, le projet de traité bilatéral présenté comme « historique » et les déclarations du ministre français des Affaires étrangères confirment une évolution politique de plus en plus explicite autour du Sahara occidental.

Par Victoria G. Corera – PLATEFORME « N’OUBLIE PAS LE SAHARA OCCIDENTAL »

La relation entre la France et le Maroc semble entrer dans une nouvelle phase politique autour du Sahara occidental. La prochaine visite d’État de Mohammed VI à Paris, combinée aux récentes déclarations du ministre français des Affaires étrangères à Rabat, confirme un durcissement progressif et désormais assumé du positionnement français sur le conflit sahraoui.

Et cette fois, le changement de ton paraît particulièrement significatif.

Lors de son intervention officielle à Rabat, Jean-Noël Barrot a affirmé que « le présent et l’avenir de ce territoire s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine » et que le plan d’autonomie proposé par Rabat constitue « la seule base » d’une solution politique.

Le ministre français est allé encore plus loin en déclarant que la question du Sahara occidental était « existentielle pour le Maroc », mais aussi « stratégique pour la France et pour la région ».

Cette formulation n’est pas anodine.

Car pendant longtemps, Paris avait privilégié un langage diplomatique plus prudent, soutenant implicitement les positions marocaines tout en évitant d’apparaître comme un acteur directement engagé dans la redéfinition politique du conflit. Aujourd’hui, ce langage semble évoluer vers quelque chose de beaucoup plus explicite.

La question sahraouie n’est plus présentée uniquement comme un dossier de politique étrangère ou comme une crise régionale à gérer dans le cadre des Nations Unies. Elle commence désormais à être intégrée dans une logique stratégique française plus large liée à l’Afrique du Nord, au Sahel, aux routes atlantiques, aux investissements et aux équilibres régionaux.

Et c’est précisément dans ce contexte qu’intervient la future visite de Mohammed VI en France.

Paris et Rabat préparent actuellement un nouveau traité bilatéral présenté par les autorités françaises comme un projet « exceptionnel » destiné à structurer les relations franco-marocaines pour les décennies à venir.

Le ministre français a même évoqué « un chantier unique en son genre », expliquant qu’il s’agirait du premier traité de ce type conclu par la France avec un pays non européen.

Cette présentation a toutefois suscité plusieurs remarques critiques.

Car l’Espagne dispose déjà depuis 1991 d’un Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec le Maroc, signé à une époque où le Sahara occidental restait officiellement au centre des négociations internationales autour du référendum d’autodétermination promis par les Nations Unies.

Plus qu’une rupture historique totale, le rapprochement actuel entre Paris et Rabat semble donc prolonger une tendance européenne plus ancienne : renforcer les partenariats stratégiques avec le Maroc tout en laissant irrésolue la question sahraouie.

Mais le contexte actuel ajoute une dimension nouvelle.

La France ne se contente plus de soutenir diplomatiquement Rabat. Elle annonce désormais un renforcement concret de sa présence économique, culturelle et consulaire dans les territoires occupés du Sahara occidental.

Jean-Noël Barrot a confirmé à Rabat l’ouverture d’un centre de dépôt de visas, le développement des activités culturelles françaises à Laâyoune et l’augmentation des investissements français dans la région.

« Nos entreprises y investissent (…) et cela ne fait que commencer », a-t-il déclaré.

Ces annonces sont perçues par le Front Polisario et par de nombreux militants sahraouis comme une tentative progressive de normalisation politique de l’occupation marocaine du territoire.

Elles soulèvent également de nouvelles questions juridiques et diplomatiques.

Car malgré l’évolution du discours français, les Nations Unies continuent de considérer le Sahara occidental comme un territoire non autonome en attente de décolonisation. De nombreux spécialistes du droit international contestent également l’interprétation française de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, que Paris présente comme un soutien implicite au plan d’autonomie marocain.

Or cette résolution continue de faire référence au principe d’autodétermination et ne reconnaît pas explicitement la souveraineté marocaine sur le territoire.

Le nouveau langage adopté par Paris illustre ainsi une évolution plus profonde : le conflit sahraoui tend à quitter progressivement le seul terrain juridique international pour entrer de plus en plus dans une logique de rapports de force géopolitiques et d’intérêts stratégiques régionaux.

Et dans cette nouvelle configuration, la France semble désormais assumer publiquement un rôle beaucoup plus engagé aux côtés du Maroc.