Une analyse du Centre d’analyse du Sahara Occidental (CASO) rappelle qu’aucune juridiction internationale, aucune résolution du Conseil de sécurité et aucune décision des États-Unis n’a, à ce jour, qualifié le Front Polisario d’organisation terroriste.
Par la PLATEFORME « N’OUBLIEZ PAS LE SAHARA OCCIDENTAL »

Depuis plusieurs mois, certains responsables politiques américains proches des positions marocaines tentent de promouvoir l’idée d’une inscription du Front Polisario sur la liste des organisations terroristes étrangères des États-Unis.
Cette campagne a connu un nouvel épisode avec le soutien apporté par plusieurs parlementaires américains à des propositions de loi demandant au Département d’État d’examiner une éventuelle désignation du Front Polisario comme organisation terroriste.
Pourtant, comme le rappelle une analyse détaillée publiée par le Centre d’analyse du Sahara Occidental (CASO), ces textes ne désignent pas le Polisario comme organisation terroriste. Ils demandent simplement l’ouverture d’un examen administratif destiné à déterminer si les critères juridiques nécessaires à une telle qualification sont réunis.
Or, c’est précisément là que les difficultés apparaissent.
Le Front Polisario est reconnu depuis des décennies par les Nations unies comme l’une des parties au conflit du Sahara occidental. Depuis le cessez-le-feu de 1991, il participe au processus politique supervisé par l’ONU dans le cadre des efforts visant à parvenir à une solution garantissant l’autodétermination du peuple sahraoui. Aucune résolution du Conseil de sécurité ne l’a jamais qualifié d’organisation terroriste.
L’analyse du CASO rappelle également que le statut juridique du territoire lui-même constitue un élément central du débat. Le Sahara occidental demeure inscrit sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies et la Cour internationale de Justice a conclu dès 1975 qu’il n’existait aucun lien de souveraineté territoriale entre le Maroc et le Sahara occidental susceptible de remettre en cause le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.
Plus récemment encore, la Cour de justice de l’Union européenne a réaffirmé que le Sahara occidental possède un statut distinct et séparé de celui du Maroc. Dans plusieurs décisions rendues en octobre 2024, elle a également reconnu au Front Polisario la capacité d’agir devant les juridictions européennes au nom du peuple sahraoui.
Du côté américain, la question est également plus complexe qu’il n’y paraît. La législation des États-Unis impose plusieurs critères cumulatifs pour qu’une organisation soit inscrite sur la liste des organisations terroristes étrangères. Selon l’étude du CASO, aucun élément public ne démontre aujourd’hui que ces critères seraient remplis dans le cas du Front Polisario.
Les accusations de liens avec l’Iran ou le Hezbollah, régulièrement reprises par certains responsables politiques, n’ont par ailleurs donné lieu à aucune décision officielle des autorités américaines. Le Royaume-Uni a même indiqué en 2025 ne disposer d’aucune preuve d’un soutien iranien au Front Polisario, malgré son rapprochement diplomatique avec le Maroc.
Au-delà des aspects juridiques, une éventuelle désignation soulèverait une contradiction politique majeure. Comment les Nations unies pourraient-elles continuer à organiser un processus de paix entre deux parties si l’une d’entre elles était officiellement qualifiée d’organisation terroriste par un membre permanent du Conseil de sécurité ?
Pour le Centre d’analyse du Sahara Occidental, la question est donc moins juridique que politique. En l’état actuel du droit international, des décisions de justice et de la pratique diplomatique, le Front Polisario demeure reconnu comme le représentant du peuple sahraoui dans un conflit de décolonisation toujours non résolu.
Les initiatives actuellement débattues à Washington témoignent d’une évolution du débat politique américain. Elles ne modifient toutefois ni le statut juridique du Sahara occidental ni la position des Nations unies, qui continuent de considérer le territoire comme un cas de décolonisation inachevée.
Source principale : Centre d’analyse du Sahara Occidental (CASO) — analyse juridique publiée le 3 juin 2026.
