L’intervention militaire des États-Unis contre le Venezuela et l’annonce de la capture forcée de son président marquent un nouveau seuil dans la dégradation de l’ordre international. Au-delà du cas vénézuélien, l’épisode confirme une tendance déjà bien installée : le recours à la force s’impose avec de moins en moins de contraintes, tandis que le droit international perd sa capacité réelle à encadrer les relations entre États.
L’opération américaine au Venezuela ne peut être lue comme un simple épisode conjoncturel. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large. Une dynamique où les grandes puissances agissent en dehors des règles lorsque celles-ci cessent de servir leurs intérêts. L’absence de mandat international n’a pas constitué un obstacle. Le principe de souveraineté non plus.
La presse internationale, y compris francophone, a largement repris la qualification d’« agression militaire » avancée par Caracas. Des frappes aériennes, des explosions à Caracas et dans d’autres régions, puis l’annonce de l’exfiltration du chef de l’État. Les faits rapportés dessinent une intervention assumée, sans habillage juridique solide ni recherche de légitimation multilatérale.
Ce type d’actions n’est pas inédit. L’Irak, la Libye ou la Syrie en ont posé les jalons. Chaque épisode a contribué à affaiblir un peu plus l’architecture multilatérale issue de l’après-guerre. Le Venezuela confirme que cette érosion se poursuit. Et qu’il n’est plus nécessaire, désormais, de construire un récit juridique élaboré pour recourir à la force.
L’enjeu dépasse largement le cadre vénézuélien. Ce qui se joue, c’est la consolidation d’un précédent. Lorsqu’une puissance agit sans conséquences politiques ou juridiques, le droit international cesse d’être un cadre commun. Il devient un instrument à géométrie variable. Applicable dans certains cas. Contournable dans d’autres.
Ce glissement ne réduit pas les tensions. Il les accentue. Il renforce les asymétries. Les États disposant de la force militaire élargissent leur marge de manœuvre. Les autres voient la leur se réduire. Le rapport de force se substitue progressivement à la norme.
Dans ce contexte, les peuples et territoires dont la protection repose sur le respect du droit international se trouvent particulièrement exposés. Lorsque les résolutions des Nations unies ou les décisions des juridictions internationales peuvent être ignorées sans coût réel, l’équilibre penche systématiquement du même côté. Celui du plus fort.
La banalisation de la force comme instrument politique a aussi un effet d’entraînement. Elle légitime l’inaction ailleurs. Elle facilite l’acceptation tacite d’autres situations illégales. Le message est clair : la puissance finit par produire sa propre légalité.
L’agression contre le Venezuela ne marque donc pas la fin d’un cycle. Elle ouvre une phase plus instable encore. Un monde où le droit recule est un monde moins prévisible. Et plus inégal. Pour les États les plus fragiles, mais surtout pour les peuples qui attendent encore que les principes proclamés soient appliqués.
Victoria G. Corera
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