
Une enquête internationale fondée sur le témoignage d’un ancien agent de la DGST renforce l’attribution au Maroc d’une vaste opération de surveillance. Aminatou Haidar figure parmi les cibles, aux côtés de responsables français, espagnols et de nombreux acteurs politiques et médiatiques du Maghreb.
Une nouvelle enquête coordonnée par Forbidden Stories, avec la participation de quatorze médias internationaux et l’appui technique du Security Lab d’Amnesty International, apporte des éléments importants sur l’utilisation de Pegasus par les services marocains.
Le travail repose notamment sur le témoignage de Safir, ancien membre de la Direction générale de la surveillance du territoire marocaine — la DGST — pendant près de dix ans. Ses déclarations ont été confrontées à des documents divulgués, des données techniques et aux informations fournies par deux autres anciens agents.
Selon l’enquête, la DGST aurait commencé à utiliser Pegasus en 2017. Le logiciel israélien permet d’accéder aux messages, aux photographies et aux courriels d’un téléphone, mais aussi d’activer son microphone et sa caméra à distance. Le Maroc, qui a toujours nié avoir utilisé cet outil, apparaissait dans certains documents internes de NSO Group sous le nom de code « Morgan ».
Aminatou Haidar parmi les cibles
La dimension sahraouie est directement confirmée.
Un numéro espagnol appartenant à Aminatou Haidar a été sélectionné par Pegasus dès 2018. Des traces du logiciel ont également été découvertes sur un second téléphone de la défenseure sahraouie des droits humains en novembre 2021.
Cette surveillance montre que la répression marocaine ne s’arrête pas aux frontières du Sahara Occidental occupé. Elle peut suivre les militants sahraouis en Europe, accéder à leurs communications et identifier leurs contacts, leurs déplacements et leurs réseaux de solidarité.
Une affaire qui concerne tout l’espace francophone
L’enquête ne concerne pas uniquement l’Espagne. Des responsables politiques, des journalistes et des défenseurs des droits humains en France ont également été ciblés par une infrastructure attribuée au système marocain.
Pour les lecteurs d’Algérie, du Maghreb et de l’ensemble de l’espace francophone, ces révélations ont une portée particulière. Les précédentes enquêtes Pegasus avaient déjà montré que la surveillance marocaine dépassait largement ses frontières et s’intéressait aux responsables, diplomates, journalistes et acteurs politiques de la région.
Les nouveaux témoignages renforcent donc l’idée d’un dispositif conçu pour surveiller la dissidence marocaine, le mouvement national sahraoui et les pays dont les décisions peuvent affecter les intérêts de Rabat.
Il faut distinguer un numéro sélectionné comme cible d’un téléphone dont l’infection a été confirmée par une expertise. Cette prudence technique est nécessaire. Mais elle ne diminue pas la gravité d’une opération qui aurait visé des militants sahraouis, des journalistes et des responsables étrangers.
L’affaire Pegasus n’est pas seulement un scandale technologique. Elle révèle une politique de surveillance capable de franchir les frontières et de prolonger la répression bien au-delà du territoire marocain.
Pour le peuple sahraoui, Aminatou Haidar en est une nouvelle fois la preuve directe.